L’enfant face à la mort, comment j’ai dû m’en occuper

En ce moment sur le blog c’est pas folichon, on est pas en pleine période de sujets joyeux, mais bon, que veux tu, c’est comme ça.

J’y ai rapidement pensé à ce sujet galère avec les enfants. Je me souviens que pour la Globule, lorsque j’ai commencé à lui chanter des comptines (c’est à dire très tôt, dès la naissance si j’me souviens bien) je remplaçais tous les mots foireux « tuer, noyer, etc » par des mots plus doux, d’ailleurs encore aujourd’hui je le fais souvent malgré tout.

Ça a commencé avec les mouches mortes. « maman, pourquoi elle bouge plus? » « son corps a fini de vivre, elle est morte ». Le concept restait très flou. Puis il est revenu un jour de l’école et m’a dit « maman, tu sais ce que ça veut dire « être mort »? » « dis moi chéri » « c’est quand on est tout aplati, comme le chien de Tom ». Pauvre Tom, m’étais je dis, si petit qu’il doit déjà faire face à la mort de son clébard adoré… Mais c’était sans compter sur la vile Vie, cette petite vicieuse allait nous mettre en plein dans le sujet.

Fin 2015, je dois expliquer à mon fils pourquoi je pleure autant. « Mon papa est très malade » « oh mais les médecins vont le soigner » « oui je l’espère mon amour, mais j’ai peur qu’ils n’y arrivent pas ».

Les mois passent et chaque fois que la maladie prend de l’ampleur, la Globule revoit mon désarroi qu’il faut expliquer. « tu pleures maman? » « oui, je suis très inquiète pour papy, sa maladie est très difficile à soigner » « tu vas encore pleurer d’autres fois? » « oui, c’est possible, ça me fait du bien ».

Mon père se fait hospitaliser et son état se dégrade. Je demande à mon fils s’il souhaite aller voir papy. Je lui explique que son corps est très fatigué et que, peut être, d’ici quelques temps il va arrêter de vivre. Il tient très fort à aller voir son papy.
Nous discutons beaucoup lui et moi. « Maman, quand est ce qu’il va mourir papy? » « on ne sait pas » « mais je sais moi comment il faut faire pour le guérir, il faut dire aux médecins de faire rentrer un tuyau dans le ventre de papy et d’aspirer les boules qui lui font mal » « c’est une sacré bonne idée ça, mais les médecins ont essayé tout ce qu’ils pouvaient et ils n’ont pas réussi« . Nous parlons de la mort, ce que cela signifie, un corps qui termine de vivre, la personne qui ne parlera plus, ne bougera plus. La personne, son énergie, son « âme », son « esprit », peut être qu’elle va quelque part, peut être que non. Je lui explique les différents points de vue, on va peut être au ciel, peut être près de nos proches, peut être nulle part.

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Et puis, mon père meurt.
Là, il me parait important de faire vivre cette épreuve à mon fils comme il se doit. C’était son papy à lui. Je lui demande s’il souhaite voir le corps. Il tient encore une fois absolument à aller le voir. On se rend à la clinique, son corps est encore dans sa chambre. On entre, et la Globule observe et comprend pas mal de choses. « Oui maman tu as vu, papy il n’ouvrira plus jamais les yeux ».
Au funérarium, nous retournons le voir. Certaines personnes montreront un étonnement, et me feront même la remarque « mais, ouhla, ça peut être choquant de voir un corps mort » « ne vous inquiétez pas pour mon fils, il va voir son papy tout simplement ». La Globule tiendra absolument à mettre lui même l’enveloppe souvenirs dans le cercueil. Il la déposera tout contre son papy, avec tristesse.

Le jour des obsèques arrivent. J’explique très précisément ce qui va se passer à la Globule. La cérémonie à l’église, les gens qui pleurerons beaucoup, la mise en terre du corps, etc. La journée sera un peu trop longue pour lui, et, ayant déjà pu dire aurevoir à son papy, il préfèrera passer l’après midi chez ma tante tranquillement.

Aujourd’hui, nous nous rendons régulièrement sur la tombe, et la Globule aime beaucoup s’y rendre.

Au départ, lorsque la mort de mon père a commencé à se profiler, je me disais que je devais épargner mon fils en lui « cachant » le plus de choses possibles: ne pas l’emmener à l’hôpital, ne pas lui montrer le corps, ne pas l’emmener à la cérémonie et ne lui expliquer qu’un minimum de choses.
Et puis, rapidement je me suis dis que j’allais lui voler cet évènement qui fait partie de sa vie, c’est son papy, sa tristesse, son aurevoir, son deuil.

Selon moi, finalement, je pense qu’il faut TOUT expliquer à un enfant, quelque soit son âge, avec des mots simples. Il faut lui demander ce qu’il souhaite, s’il souhaite assister aux évènements ou pas et faire selon ses réponses. Lui aussi a le droit de pouvoir faire son deuil.

Un enfant n’a pas le même rapport à la mort que nous. Pour nous adultes, la mort porte toute une symbolique d’horreur. Un enfant, lui, comprend le processus logique de fin de vie. Le traumatisme ne se situe pas forcément là où on le croit. Séparer l’enfant du processus de deuil ne lui permettra pas de le surmonter et de le digérer. A vouloir l’épargner, il se confrontera, peut être plus tard, à une frustration, une douleur, un aurevoir qu’il n’aura pas pu dire et un deuil qu’il n’aura, de surcroit, pas pu vivre.

bullesjc

« Papy, papy, aurevoir papy »

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