Archives pour la catégorie Mon rôle d’humaine

Je m’arrache du courant

Il y a quelque chose que mes proches ont constaté depuis un moment. Je dévie lentement mon chemin du leur. C’est pas grand chose et il y a bien plus décalés que moi mais tout de même, le peu de liberté que je m’accorde les chagrine parfois.

L’indice révélateur

Ca a commencé vers 13 ans, lorsque j’ai annoncé à ma famille de carnassiers que je ne mangerai plus d’animaux. Je vais te dire le plus saoulant, c’est que 20 ans plus tard, on me taquine (on me critique) encore beaucoup avec ça, « Mais pourquoi tu manges pas de poissons non plus? » « Tu sais qu’il y a des études qui montrent que… » « Mais du coup tu manges rien aux repas! ». Je ne mange pas de poissons pour em**rder les gens qui m’invitent chez eux pour un repas. Il y a des études bidons oui c’est sûr. Je ne mange rien à la place, je broute de la salade et c’est tout puisque la viande constitue visiblement l’ingrédient principal des repas, non?.
« Bon, remettez vous, et surtout on va pas échanger nos points de vues jusqu’à notre mort, on va se répéter un peu sinon ».

Pourtant, depuis mon berceau, je suis l’enfant typique qui est sage et obéissante. J’ai toujours suivi les règles, les devoirs et franchement, en dehors de ce « détail » alimentaire, c’était clairement le cas. Très silencieuse, j’avais, c’est sûr, peur de ne pas être aimée par mes parents et les autres, alors je faisais en sorte qu’on ne me remarque pas. Dans le rang, en silence.

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La rébellion, la révélation

Et puis… je suis devenue maman et là s’est révélée en moi la Cendra rebelle mais, plus que rebelle c’était surtout la Cendra réelle qui avait ses propres idées. Ca a mis du temps et ça en met encore, faut pas croire mais bondieu que c’est lent de modifier son cerveau et ses automatismes. Alors je bosse encore pour détruire ce satané message erroné « Cendra, sois sage et tais toi, fais ce qu’on te dit, on sait mieux que toi et surtout, tu dois suivre nos lois si tu veux qu’on t’aime ».

Avec le temps j’y arrive doucement. Je fais de moins en moins mes devoirs. Et, surtout je m’écoute de plus en plus. Il y a des principes de vie qui me sont devenus essentiels, au point de passer avant, bien avant, ma peur du jugement des autres. Je suis devenue prête à les affronter, même si ça doit se faire en tremblant un peu.

La fissure s’est élargie significativement lorsque, devenue mère de la Globule, j’ai cessé d’écouter les autres parents (et non parents) et j’ai totalement fait une croix au marqueur sur les principes d’éducation traditionnelle basée sur la peur, les menaces et la violence éducative ordinaire. Très nettement, mes proches étaient (et le sont encore beaucoup) médusés par notre façon de faire. Je les comprends puisque je pensais comme eux avant, alors je ne les juge pas. Cela ne m’empêche pas de défendre mes idées et de ne pas me laisser critiquée.
C’est évident, bien sûr que ça déstabilise et il est certain que voir sa soeur/fille/nièce/etc, prendre le large et ne plus être en accord avec les lois familiales, cela touche, peut être que ça donne même l’impression d’être trahi.

Mais là, très clairement, avoir un enfant m’avait fait repenser à mon enfance. J’ai revu la petite Cendra muette et bondieu, elle s’est mise à hurler en dedans. Je suis entrée dans une période de rejet complet. J’ai eu comme de grandes montées de colère contre mes parents et plus largement ma famille. Ma vision des choses passées étaient devenue noire, au point de me dire que tout avait été mal fait dans mon enfance. Je n’avais plus envie de voir ni de discuter avec mes proches, j’étais fermée à eux. Ce qu’ils pensaient, leurs idées, tout ça me paraissaient mauvais, loin de moi et pleins de jugement. J’ai compris rapidement que cette phase était normale et salutaire. Pour la suite, pour révéler mon identité. Pour me libérer des lois familiales, il fallait que je jette tout très loin pour y voir plus clair et me laisser aussi surtout, le droit de réécrire mes lois. Un peu comme lorsqu’on détruit un bâtiment, mais qu’ensuite on revient sur les lieux pour y récupérer quelques pierres qui pourraient servir.

L’apaisement

Doucement, ça s’est fait. Cette assiette pleine que j’avais repoussée si loin, je me suis surprise à venir y picorer quelques morceaux. C’est assez récent et loin d’être encore totalement apaisé. Alors qu’il y a peu, mes souvenirs du passé n’étaient que mauvais, j’entrevois maintenant un sacré paquet de bons moments et de positif. C’est fou, l’esprit, il voit que ce qu’il veut bien voir. C’est dingo, comme quoi. La réalité n’existe pas ou bien alors, nous ne la possédons pas. Avant, je ne me souvenais que des yeux détournés, ces yeux que je ne voyais pas, des insultes, du sang, des cris, des interdits, du mépris, de l’ignorance, de la violence, de la négligence, de la solitude, du silence, des non-dits. Maintenant, je n’ai pas oublié mais, à tout ça ce sont couplés des émotions opposées, de la présence, des caresses, de la liberté, des rires, des jeux, des échanges, de la complicité, de la bienveillance. Un peu de pile, un peu de face, on colle tout ça, et je crois que la maquette tient debout.
La mort de mon père, cette mort que je ne comprends pas, m’a apporté beaucoup. C’est lui, en partant qui m’a donné une autre pelle pour creuser encore et, avec cet entrain positif que je travaille maintenant depuis un moment, j’ai pu découvrir qu’il y a, sous ce tas de sable, pas mal d’amour. C’est tellement stupide et irrationnel de cacher notre amour pour nos proches, c’est une perte de temps et de positif. J’ai du mal à comprendre pourquoi, quel est donc ce foutu risque que l’on craint lorsqu’on dévoile nos émotions et sentiment. Il y avait de l’amour dans les actes très maladroits de mes parents. Je l’ai compris maintenant.

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Lever la tête

C’est ainsi que j’ai continuer à avancer dans mes démarches intérieures. Et j’ai donc continué mes choix avec le menton un peu plus haut.

On se décale d’avantage encore des habitudes familiales. Nous mangeons bio au maximum, nous cherchons au maximum des produits sains et nous faisons la chasse au Mauvais. Du coup, je fais moi même un maximum de produits ménagers et nous n’avons ni wifi, ni tablette, ni smartphone. Evidemment on est très loin du zéro-toxique, et pourtant cela suffit pour être considérés un peu comme des gens étranges dans notre entourage.

Le coup de grâce? Retirer notre enfant du système scolaire. Je crois que là, on nous a mis directement dans la case « hurluberlus bobo marginaux ». Pourtant il y a mille fois plus excentriques ou décalés que nous, largement!
A la différence d’il y a longtemps, c’est que maintenant j’arrive bien plus à assumer mes choix et à me détacher du jugement des autres. C’est un travail qui progresse disons. Ce regard-juge pèse beaucoup, mais il ne régit plus mes choix, c’est ça la différence.

Tout ces choix, ces détails sont surtout ici comme autant d’indices de mon grand pas de côté. Il y a ma famille sur une grande route là, bien définie, leurs lois, leurs devoirs, leurs limites manichéennes très précises. Dans ce flot rapide, j’y suis restée longtemps, j’essayais de me tenir au bord parfois, mais le courant tu sais, il est vachement fort. Et puis maintenant j’ai creusé mon mini sillon sur le côté. Il y a un chemin qui part ailleurs, il est minuscule, tout biscornu parfois et il est alimenté encore un peu par le grand flot familial mais il a maintenant son propre écosystème, toute une vie qui s’y développe.
Je veux bien, l’image est assez nullos, mais tu comprends l’idée j’en suis sûre.

Maman se bouge le derrière

J’investis pas mal de mon temps pour mes enfants, c’est vrai. En fait, si je devais faire une moyenne, sans doute qu’elle s’approcherait des 20h/jour. Le reste du temps non dédié au enfant se morcellerait en: soirée avec l’homme, mes douches, le sommeil quand la Granule n’est pas réveillé, mes temps de loisirs.

Maintenant, sur mes temps de loisirs, j’ai rajouté quelques petites choses. Des choses qui ne m’étaient pas très familières voire pas du tout pour certaines d’entre elles.

J’ai remarqué que mon réservoir de patience et d’attention doit impérativement se recharger pour que je puisse réattaquer la journée suivante avec mes enfants et avoir assez de jus pour me consacrer à eux. C’est donc vital que je m’occupe de moi. Je l’ai toujours fait le mieux possible. Aujourd’hui j’en prends encore plus conscience et surtout j’ai l’envie qui augmente. Je suis importante moi aussi.

Des changements ont commencé et d’autres vont suivre.

1- Je-fais-du-sport.

J’te jure, rien que l’écrire ça me parait dingue. Moi, du sport? la feignasse en puissance? Et bien oui. Je fais du sport depuis, très précisément, le 23 janvier 2017. Je fais du sport trois fois par semaine, pendant environ 30 minutes. Je sue.

D’où vient le miracle? de cette envie dont je te parlais plus haut, de m’occuper de moi. Et puis, surtout, surtout, perdre son père d’une sale maladie, ça donne envie, plus que jamais, de prendre soin de son corps, parce qu’on a carrément pas envie de vivre la même chose.

La problématique était la suivante:
-Je suis une feignasse donc pas question de chercher par moi même quels exercices je dois faire.
-Je suis une feignasse donc pas question de devoir me déplacer pour aller en salle.
-J’ai deux enfants à temps plein, donc il était impératif de pouvoir le faire en leur présence.
-Je n’ai pas envie de mettre du pognon là dedans, il fallait donc que ce soit gratuit.

J’ai donc tenté le fameux coach sportif qui fait fureur sur le net: Fizzup. J’ai la version gratuite évidemment, et sans doute qu’il y a d’autres coachs virtuels tout aussi sympa, enfin bon, moi je suis sur Fizzup et ça me convient, pour le moment en tout cas.

Un jour je me suis inscrite. Mes enfants jouaient là, à côté de moi et je me suis dis « tiens, lançons ce bazar, au pire je me serais amusée avec les enfants ». J’ai donc lancé ma première séance et j’ai adhéré direct. Tu réfléchis pas, tu fais ce que le monsieur et la dame te montrent, ni plus ni moins. Je me suis éclatée, mon ainé a fait la séance avec moi, on s’est marré pendant que le plus petit nous regardait, interloqué.

C’était parti. Depuis je fais mes séances sans jamais en louper une. C’est devenu un moment sympa, un moment où j’aime sentir mon corps qui bosse, qui s’arrache sans pour autant que ce soit trop pénible.

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2- Je mange mieux

Je fais simple, y a pas mille changements: je mange beaucoup plus de légumes et j’achète un maximum bio. Et c’est tout.

Qu’est ce qui m’a poussé à mieux manger? Exactement les mêmes raisons que pour le sport. La bouffe a un impact considérable sur la santé et donc sur un sacré paquet de sales maladies.

Les légumes, on les épluche, on les coupe, on les fait cuire à la vapeur et on les mange. Je dis « on » parce que mon homme et moi sommes sur la même longueur d’onde. Du coup nos féculents ont pris moins d’importance dans les repas et les légumes remplissent bien plus nos assiettes.
A part ça, nous n’avons rien changé d’autre. Je mange tout ce qui me donne envie, beaucoup de gâteaux par exemple (l’allaitement me donne beaucoup d’envies de sucrés alors qu’habituellement je suis plus fan de salé), du fromage ou tout autre aliment gourmand. Je ne me prive de rien sauf du nut’ que j’ai désespérément supprimé de ma vie « snif ».

Les conséquences

Et le top? c’est que je constate les bienfaits concrets sur mon corps. Ce corps dont je te parlais dans le post précédent, celui qui a fait naitre deux enfants et qui a besoin qu’on s’occupe de lui.
– Même si ce n’était pas mon but, j’ai perdu un peu de poids. Quelques kilos, vraiment pas grand chose, mais cela se voit énormément vu ma petite taille. J’ai perdu 10cm de tour de hanche, je change progressivement ma garde robe puisque tous mes jeans, pantalons et autres bas ne me vont plus du tout.
– Je constate aussi des débuts de modelage. Des zones de mon corps un peu lâches (cuisses, fesses) se dessinent. Je me sculpte tout doucement, et j’apprécie ce que je vois!
– J’ai plus d’énergie, je sens que mon corps est ressourcé en tas de nutriments dont il disposait beaucoup moins avant.

Et sinon? Et bien à part ça, j’ai quelques autres projets en tête qui concerneraient l’envie de faire rentrer un peu plus de pognon à la maison, le fait encore de m’occuper de moi et également d’organiser l’année « scolaire » prochaine (les guillemets c’est parce que mon fiston fera l’école à la maison).

Est ce que ça va durer? Je n’en sais rien, mais on s’en cogne, là je profite de cette motivation inespérée!

La pudeur que je n’ai plus

Je voulais partager ça avec toi, partager ma pudeur.

Ici je parle de pudeur physique, corporelle, parce qu’il m’est apparu que j’en ai bien plus pour ce qui est de l’être cérébral que je suis. Mon corps, je n’ai plus de problème réel avec.

En fait, je n’ai jamais vraiment eu de soucis avec mon corps, en tout cas pas de ceux qui te font complexer au point de devenir obsédants. Après mon adolescence (à l’adolescence, je crois que le corps est un problème pour tout le monde), j’ai accepté mon corps dans son ensemble. Ma petite taille n’a jamais été un problème pour moi, d’ailleurs je ne l’aurais jamais vraiment remarqué si on avait arrêté de me bassiner avec ça. Mes fesses et mes hanches larges ont toujours été plutôt un atout et puis tant pis pour ma poitrine pas très épaisse, je l’aime ainsi.

Tout de même, se mettre nue c’était pas un truc naturel. Je crois même que me mettre nue, seule chez moi, me gênait moi même, au point de me couvrir la poitrine en courant entre la salle de bain et la chambre. Me mettre nue devant un homme, c’était pas facile facile, mais les jeux amoureux vous font briser quelques chaînes, un peu de désinhibition ne fait pas de mal, au contraire…

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Les premiers rendez-vous chez la gynéco sont un peu stressants (rapport à l’adolescence où tu piges rien à ton corps), les sorties piscines se font toujours avec le petit paréo aux motifs dégueu et les garçons ne verront pas le haut de mes jambes à moins d’avoir un sacré passeport à l’accès illimité.

Et puis, comme pour beaucoup de choses (parce que je me rends compte que j’écris souvent cette phrase), je suis devenue maman. Plus précisément, je suis tombée enceinte et les visites de l’intimité féminine se sont succédées. La poitrine tu la montres, les jambes tu les ouvres, le ventre tu le découvres. Bref, tu passes du temps à te déshabiller devant une pelleté de praticiens. Ca devient banal. On s’habitue à tout dit on. D’ailleurs, tu noteras qu’en France on s’en balance de ta pudeur pour ce genre d’examen alors que dans beaucoup d’autres pays (anglo-saxons notamment), on te posera toujours un drap sur les parties déshabillées. Et bien sûr, tu accouches et là, la gêne tu t’en cognes, tu vas mettre au monde un bébé, tu vas réaliser l’exploit le plus incroyable de notre monde alors ta pudeur c’est pas un soucis, au contraire t’es fière de ce que tu vas accomplir avec ton corps. En tout cas c’est un peu comme ça que je l’ai vécu.

Après l’accouchement (et le suivant), mon corps n’était pas vraiment « beau » (t’as vu j’ai mis des guillemets, parce que le concept de beauté, tu m’excuseras mais il est un peu bancal). Malgré ça, il n’était pas un problème: je venais de donner la vie et je savais que je pourrai lui accorder du temps quand je le souhaiterai. Mon corps, c’est ma maison, c’est l’enveloppe qui me contient et j’ai pris conscience depuis, que je dois en prendre soin et l’aimer si je veux qu’il continue à bien faire son job.

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Ma pudeur naturelle s’est alors évaporée doucement. Bien sûr, faut pas déconner, je me balade pas nue chez les gens, mais un jour, je sortais de ma douche, j’étais nue, et j’arpentais ma maison dans tous les sens pour rechercher un sous vêtement bien précis (tu sais ta culotte fétiche, celle que tu mets à peine après l’avoir lavée) et mon homme me fait remarquer que, bon, quand même, les rideaux de nos baies vitrées sont grands ouverts, qu’on a pas encore mis les brise-vue le long de notre impasse et que le voisin passe souvent par là. « Ah oui, mais bon c’est rien » je lui réponds. Voilà, c’est devenu pas grave. C’est mon corps, mais y en a quelques milliards d’autres sur Terre, alors le mien je vois pas pourquoi il gênerait quelqu’un.

Le détail supplémentaire c’est que j’allaite. Je n’exhibe pas ma poitrine, je reste discrète mais il n’est pas question non plus de ne pas nourrir mon bébé juste parce qu’il y a des yeux pas loin. Ils verraient quoi? un téton? et puis quoi, ils en ont vu et en verront d’autres. Au pire, ils trouveront que j’ai un joli téton et c’est pas grand chose au final.

Alors peut être que tout ça n’est qu’une passade (la vie n’est elle pas faite que de passades plus ou moins longues?), peut être que dans quelques temps je retrouverai cette gêne, cette pudeur que j’avais comme beaucoup d’entre nous. Mon corps je l’aime bien, il est cool, il est un peu le reflet de ce que je suis en dedans, pleine de vie, nerveuse et douce. Je lui dois mon respect, et les yeux des autres n’auraient que ça à y voir s’ils devaient se poser sur lui, mon respect et je m’attends à leur respect en retour.