Archives pour la catégorie Mon rôle d’humaine

Interview chez Feeducatif

Il y a quelques temps, Charlotte, doctorante en Sciences de l’Education, m’a contactée.
Elle avait été marquée par mon article où je faisais le bilan de notre première année d’instruction en famille. Elle m’a alors proposé de nous entretenir sur ce choix particulier.

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Charlotte, c’est une voix douce, une femme riche en expériences. Elle tient un blog que je t’invite à découvrir, tout simplement parce que lorsque je l’ai lu, j’ai moi même absolument adoré et adhéré à ses visions, ses cheminements de réflexion et à sa plume.
Elle a donc également une chaîne de podcasts dans lequel elle s’entretient avec des personnes qui expérimentent, qui proposent de nouvelles façon d’apprendre et d’avancer.

Pour retrouver Charlotte, voici son blog: FEEDUCATIF

Pour retrouver mon interview, c’est par ici: INTERVIEW CHEZ FEEDUCATIF

 

 

 

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La mort et ses tabous

On parle ici d’un tabou, mais pour être honnête, je n’aime pas les tabous, aucun. J’ai comme idée que si les tabous n’existaient pas, les sujets concernés par les tabous seraient bien moins problématiques (voire plus du tout).

Avant, lorsque je n’avais pas encore rencontré la mort, lorsqu’elle me semblait loin et semblait ne pas me concerner, j’étais très dérangée par ce sujet lorsqu’il touchait quelqu’un. Comme quoi, on peut ne pas aimer les tabous et être mal à l’aise avec l’un d’eux (ce qui reste logique, puisque j’ai grandis dans un monde de tabous, serpent qui se mord la queue, tout ça).

Je me souviens, il y a plusieurs années, une de mes anciennes collègues venait de perdre brutalement son mari. Il dormait et ne s’était jamais réveillé. Lorsque ça s’est passé, j’étais en congé. Mais, lorsque je suis retournée travailler et que j’ai appris la nouvelle, je ne suis pas allée voir ma collègue. Tu sais pourquoi? Tu imagines peut être. La mort, pfffiou, quelle lourd sujet, comment savoir comment la personne qui est en deuil souhaite qu’on l’aborde? C’est si compliqué. Je m’étais dis, moi, à l’époque ignorante en matière de mort proche, je m’étais dis que ma collègue voulait probablement qu’on ne vienne pas remuer le couteau dans la plaie, je pensais même qu’elle préférait ne pas en parler et qu’on la laisse tranquille avec ça.

C’est quelque chose que maintenant, je regrette beaucoup et je n’ai encore jamais pu lui en reparler, même si on se revoit encore de temps en temps.
Cette maladresse, ou même carrément cette « impression d’indifférence », c’est typiquement lié aux sujets tabous. On en parle pas mais si on le fait, on le fait mal, ou avec mal-aise ou maladresse. Moi j’avais choisi de ne pas du tout en parler. J’ai tellement grandis entouré de tabous, j’ai donc très bien intégré la gène, l’inconfort et l’inacceptation sociétale des sujets tabous.

Pourtant, me voilà, aujourd’hui, à demi-orpheline. J’ai vu la mort jusqu’aux entrailles et j’ai vu son processus organique. Et aujourd’hui, je me dis que c’est un sujet dont j’ai envie de parler, partout, souvent, avec n’importe qui! Mais, personne ne le fait.

C’est un sujet dont on parle avec humour et légèreté lorsqu’il ne concerne aucune des personnes de l’audience de façon directe. « héhé, j’ai mes nouvelles lunettes de presbytie, ça sent le sapin héhé » « ouhla, vous voyez cette pauvre dame, elle a déjà un pied dans la tombe! ». L’humour est un outil comme un autre pour faire face à certaines peurs, certains stress, ça permet d’augmenter les hormones de bien être et éliminer les hormones du stress.
Mais, si la mort frappe, alors, nos bouches se ferment.

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Le chagrin

Il est si difficile d’accueillir le chagrin et les pleurs de quelqu’un. C’est si terrible comme épreuve, comment des mots ou même une attitude pourrait soulager la peine? Mais au delà de ça, nous sommes, généralement, toujours mal à l’aise face aux larmes. Et pourtant, pleurer, tomber au sol, crier de désespoir, n’est ce pas si humain et si libérateur. Alors, la personne en deuil, se retient de pleurer, ou s’arrête vite, s’excuse et dit que ça va aller. Pourtant ça n’ira pas mieux en quelques jours, et le chagrin fait parti de ce qui a besoin d’être exprimer.

Le corps des morts

Ici on arrive dans la délicate affaire du corps, charnel, organique, qui ne contient plus la vie, qui se décompose et disparait. En voyant mon père mourir, j’ai été chamboulée par ce qu’un corps devient lorsqu’il se vide de sa vie. On ne m’en avait jamais parlé bien sûr, je n’avais jamais réalisé à quel point cela peut être marquant et fascinant. Tous les muscles se détendent, le corps s’affaissent, puis se vide, la peau se rétracte et devient grise. Je pourrais te faire un récit de ce que j’ai vu, mais je sais comme cela peut être choquant et même insupportable pour certains. Pourtant! Pourtant, j’aimerais en parler, mais personne ne le fait. On cherche à nous préserver, à ne pas nous choquer, mais, si cela n’était pas tabou, si on pouvait en parler naturellement, librement, ouvertement, tout au long de notre vie, cela ne choquerait plus. Ma mère avait tenté de m’empêcher de voir mon père dans sa chambre d’hôpital, avant qu’ils n’aient « arrangé » son corps, elle voulait me préserver bien sûr, mais je suis si reconnaissante d’avoir balayé son inquiétude et d’avoir su m’écouter.

La proximité avec le corps

Au funérarium on m’avait laissé seule avec mon père, ou plutôt avec son corps. Et, au milieu de mes sanglots, je l’avais touché, de partout. Je m’étais collée à sa peau, et j’avais scruté chaque pli de son cou, sa nuque, ses oreilles. Ses doigts croisés sur son ventre, chaque poil de ses doigts. Et j’ai voulu le prendre en photo, parce que je savais que je ne le reverrai plus jamais, jamais, jamais. Et le tabou m’avait empêché de le faire, j’ai pris des bouts de son corps en photo, ses mains, sa nuque, mais pas son visage, ni son corps entier, tu comprends, c’est si glauque, si morbide, si inaccepté comme « normal ». Et pourtant, quelques jours plus tard, j’avais osé demander à ma mère si, par hasard, elle l’avait pris en photo. Elle l’avait fait. La compagne de mon père l’avait fait. Et même à l’hôpital, elles avaient pris son corps en photo. Mais ça ne se montre pas, ou uniquement au cercle de ceux qui savent. Et cette envie d’aller voir le corps, souvent, de le toucher et d’être proche, bien sûr, c’est si normal, lui dire aurevoir pour toujours, là? alors qu’il vient de mourir il y a 4 jours? mais comment accepter cela sereinement? c’est si court!
J’en avais parlé à ma psy, je lui disais que je ne voulais pas qu’on enterre son corps, je voulais pouvoir aller le voir au funérarium aussi souvent que je le souhaitais, pouvoir le toucher, encore, encore, pour le toucher en quelques fois, ce que je n’avais jamais touché de toute ma vie, parce que je ne connaissais pas son corps, on ne se touchait pas, alors pouvoir le faire sans crainte, et pouvoir me faire à l’idée doucement de notre séparation définitive, c’était ce que j’aurais voulu. Elle m’avait dit qu’il y a des pays où le corps du défunt est conservé un an avant de s’en séparer, cela permet aux proches de vivre la séparation de façon un peu plus douce. Moi ça me parle.

La mort et les enfants

Incompatibles! dans notre société, les enfants doivent être préservés de la mort, il faut les protéger. Pouvons nous réellement les protéger de la mort? de la douleur, de la tristesse, du deuil? J’avais écris un article où j’expliquais comment j’avais accompagné mon fils de 4 ans dans cette épreuve ( article ici ). J’avais emmené mon fils à l’hôpital lorsque mon père était malade, puis lorsque son corps était là bas, puis encore au funérarium. J’ai simplement suivi ses demandes, ses envies et répondu à ses questions de façon simple et factuelle. Je me souviens qu’une dame avait été surprise au funérarium de voir mon fils entrer dans la chambre. Pourtant, c’est son papy et le préserver de cela c’est surtout risquer de le marquer encore plus fort. Ma mère me disait « oui, mais, moi j’ai été très choquée lorsque j’étais petite par le fait d’avoir vu le corps de ma tante morte ». Et oui, parce que ma mère avait été mise là, face à un cadavre sans aucun accompagnement, sans aucune explication, sans réponse à ses questions et ses peurs. Les enfants concernés par la mort, devraient toujours être écoutés, quelque que soit leur âge, et être accompagnés pour qu’ils vivent leur deuil à eux.

Avant de connaitre la mort de façon proche, j’en étais presque indifférente, je ne me sentais pas concernée, et lorsqu’elle frappait quelqu’un, j’étais totalement inhibée par le tabou qu’elle représente.
Aujourd’hui, c’est un sujet qui est banal pour moi, la mort est entrée dans mon histoire, je l’ai vu de façon familière. Elle n’est donc plus tabou pour moi, je la connais.
Ce qui se passe maintenant, c’est que j’aime en parler, mais, j’ai compris également que je ne lui échapperai pas. Je n’y suis plus indifférente, j’ai pris conscience, compris et constaté qu’elle était là, juste à un cheveu de moi et de chacun de nous. Et la sentir ici, ou là, bientôt ou plus tard, la savoir roder, sans savoir quand elle frappera, mais surtout savoir qu’elle frappera de façon certaine, cela m’a fait développer de belles angoisses. J’ai peur, et quand je vois mon visage qui vieillit, je me dis que, sans s’en rendre compte, ça commence déjà, doucement à sentir le sapin.

Anxiété sociale, la mienne

Ca y est, voilà un des articles qui pataugeait dans « mes brouillons » depuis des années. Franchement c’est pas un sujet super folichon et il n’intéressera pas tout le monde, peut être ceux qui se demandent ce que c’est, ou ceux qui sont concernés directement ou indirectement ou ceux qui croient que c’est du flan, de l’exagération de « timidité » et qui veulent voir s’ils ont raison ou pas. Sinon, clairement, sois tu n’as pas cliqué sur l’article, sois tu peux t’arrêter là.

L’anxiété sociale, je te ferai pas de définition, tu en trouveras à foison sur le net. Je te parle ici de la mienne, ma mienne à moi, sa façon à elle d’exister, parce qu’évidemment c’est comme tout, chaque humain ressent les choses à sa manière.

J’aime les gens, j’aime ce qu’ils m’apportent, j’aime les échanges authentiques et directs, les connexions, j’aime ce que sont profondément les gens, je pense que chacun de nous est magnifique et renferme une fantastique et riche singularité.

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Depuis quand ça m’enquiquine?
J’ai une belle rétrospective sur tout ça maintenant et j’ai donc éclairci pas mal de choses et ai donc conscience du mécanisme.
Disons déjà que, « depuis toujours », j’ai un sentiment de distance avec les Autres, j’étais celle qui parle très peu (à part en famille, quand je me sentais en sécurité et « autorisée »), on me désignait comme « petite » et « timide ». Intérieurement je ne me sentais pas comme ça (merci les étiquettes pourries), j’avais simplement pas envie de parler pour rien. J’entrais également dans un mutisme et une terreur atroce lorsque j’étais en face d’inconnus ou de peu-connus et je pouvais partir dans une détresse et des pleurs incontrôlables si ma mère osait sous entendre qu’elle allait me laisser avec ces gens qui ne m’étaient pas familiers. C’était ici déjà l’indice d’un mal-aise entre moi et les Autres. Bref, j’ai beaucoup pleuré, beaucoup eu peur et beaucoup tu mes paroles.
Mais, au delà de ces moments de séparation, mon état de silencieuse n’était pas un problème pour moi, être la copine qui « suit » les idées, qui écoute, et qui ne parle que si elle le veut, ça n’était pas un soucis, à ce moment là le regard des autres, leurs opinions sur moi je m’en cognais et n’en avais absolument pas conscience, ça ne me touchait pas. D’ailleurs, cet état de « détachement » était déjà ici le reflet de cette absence de sentiment d’existence, ou disons que je ne me sentais pas « concernée » par les choses (note que c’est encore beaucoup le cas aujourd’hui). J’étais enfant et les interactions sociales liées à mes besoins de base (manger, boire, avoir un toit) étaient assurés par mes parents, je n’avais donc à m’occuper de rien, ni même à donner mon avis de toute manière.
Donc, logiquement, mon anxiété sociale s’est ré-vé-lée, à la pré-adolescence, au collège, aux alentours de mes 12 ans (d’ailleurs, clairement mes 12 ans restent l’âge auquel je fais énormément référence sur tout un tas de truc concernant mon enfance et mes problèmes). A mes 12 ans, mes parents se sont séparés, mais ce qui a enclenché mes problèmes c’est qu’à 12 ans, ma mère bossant comme une malade et mon père n’ayant pas notre garde, j’ai été littéralement livrée à moi même. C’était parti, PAF, du jour au lendemain il a fallu que je gère ma vie seule, face au monde, sans les jambes de ma maman derrière lesquelles j’aimais tant me réfugier et me sentir en sécurité. Les trajets pour le collège, la paperasse, les repas, les devoirs, mes affaires, enfin bref, tout le Monde avait été posé là devant mon pif « voilà, bon on a assez bossé pour toi, t’es grande, j’ai pas le temps, maintenant tu te débrouilles avec tout ça ». Et c’est devenu oppressant, angoissant. Il n’y avait plus aucun filtre entre moi et les Autres. Les plus grosses difficultés sont apparues vraiment à l’âge adulte, quand là, de nouveaux bazars se sont accumulés sur le gros tas de choses à gérer à l’extérieur: la recherche de boulot, le boulot, les collègues, l’administration, les rendez vous médicaux, les rencontres, les soirées entre amis, etc. C’était le parfait mélange pour faire grossir mon stress intérieur, jusqu’à ce qu’il ne s’éteigne plus et envahisse tout mon espace intérieur.

Comment ça se manifeste
Concrètement, cela se reflète physiquement par une colonne ascendante de catécholamines, une sécrétion puissante, brulante qui souvent me plie en deux, j’ai du mal à me tenir droite. Ca se ressent principalement dans le thorax et l’abdomen, parce que le symptôme toujours présent c’est la tachycardie, mon coeur bat vite et j’ai du mal à respirer, j’ai besoin de reprendre de larges respirations parce que les muscles du thorax compressent mes poumons et ma colonne vertébrale. J’ai donc l’envie de gonfler fort mes poumons pour qu’ils détruisent l’étau qui les enserrent. J’ai parfois des bouffées de chaleur, j’ai chaud au corps et froid aux extrémités, quelques tremblements parfois. Je suis souvent paralysée. Tout ce que je viens de décrire est probablement comparable à du trac, du stress hein, mais la différence, c’est que ces sensations se produisent pour des tas de choses du quotidien et ne s’arrêtent pas rapidement, elles durent plusieurs heures voire plusieurs jours.
Durant ces contacts sociaux difficiles, j’ai du mal à regarder longtemps dans les yeux, je suis totalement noyée par le stress et je ne maitrise plus vraiment mon comportement et mes mots. Disons que je peux faire bonne figure et avec du bol, ça passe crème, mais parfois je peux totalement bafouillée et sortir des trucs absurdes (qui donne vraiment l’image de la cruche qui dit un truc incompréhensible).
Avec les années je connais tellement ces sensations insupportables que j’ai mis en place tout un tas d’évitements, erreur banale mais indispensable pourtant!
Parce que clairement, que me dit mon cerveau? « hé ho, moi je peux pas te faire vivre sous stress de façon permanente ma mignonne, tu t’imagines bien hein, ton corps il est pas fait pour ça, donc tu m’évites toutes ces conneries de situations qui nous mettent dans un état à la con, ok? Normal.

Dans quels cas ça se manifeste
Au jour où je vis, il y a des choses que je ne suis pas capable de faire, d’autres qui me font souffrir et pour lesquelles je lutte tous les jours pour les accomplir, et il y en a d’autres que j’ai appris à faire et dont j’ai surmonté l’angoisse.

Ces angoisses se manifestent dans ce genre de contextes :

-sortir de chez moi et croiser du monde (voisin, parent d’école, connaissances, etc)
-passer un coup de fil/répondre à un coup de fil
-répondre à quelqu’un qui frappe à ma porte
-aller aborder quelqu’un de façon non prévue

-me rendre avec mes enfants à un endroit que je ne connais pas
-me rendre seule à un endroit que je ne connais pas ou peu
-me retrouver seule avec quelqu’un que je ne connais pas ou peu
-me retrouver seule au milieu du monde où on est là pour échanger de façon informelle (fête, mariage, cafèt’, ou tout autre soirée)
-prendre la voiture et conduire hors des routes que je connais

En rouge, je suis clairement dans l’évitement, c’est tellement paralysant que je préfère m’y frotter le moins possible (pour le moment), ça a été phobique durant certaines périodes, ça l’est moins maintenant.
En orange, j’angoisse énormément mais je peux le faire même si j’évite au maximum.

A force d’investigations, de questionnements intérieurs, ces situations d’angoisses ont clairement été identifiées:
Tout contexte dans lequel les relations sont floues et où je ne sais pas ce qu’on attend de moi.

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Dans les situations du haut, je n’ai pas d’angoisses plus élevées que la moyenne je pense, je ne ressens pas l’oppression qui m’empêche d’être moi même.
Dès que les attentes sont floues, non claires, c’est la cata. Quand c’est l’inconnu quoi! Parce que l’inconnu m’apparait comme un danger. C’est un peu dont je parle dans mes podcasts sur la politesse (Cf  la page tout en haut « Parents en Or »), mais c’est encore plus large que seulement le soucis de la politesse. Dès que je suis face à quelqu’un dont je n’arrive pas à lire les attentes (« est ce que c’est quelqu’un avec qui je peux parler de ma vie privée sans que ça ne le choque? » « est ce que je peux lui demander comment va sa grand mère malade sans que ça ne le choque? » etc), tout comme j’ai du mal à identifier si le contexte s’y prête. Est ce que cette personne voudrait que je lui demande comment va sa santé? ou alors cela l’a dérangerait? Est ce que ça se fait de dire que je viens de me faire déboucher une oreille? ou est ce que ça se dit pas dans ce contexte avec cette personne?
Voilà, des contextes variés avec des gens dont je ne connais pas les « attentes implicites », c’est dur pour moi, parce qu’en plus je sais que je vais être jugée sur ça « rha, elle a eu l’audace de me parler de mon deuil en pleine rue! » « nan mais ça se fait pas, elle vient me parler que pour me poser des questions sur mon boulot, c’est que par intérêt! ». En plus, très honnêtement, j’aime pas parler de la pluie et du beau temps, j’ai beaucoup de mal avec les sujets de surface, le small talk, en fait, je déteste ça, je sais pas faire.

Alors parfois, je dois passer un peu pour une alien quand je demande « on se fait la bise à chaque fois ou est ce que tu t’en fous toi? » « et sinon, c’est quoi ton prénom? » (on côtoie un paquet de gens dont on ne connait même pas le prénom!).

Très difficile pour moi les situations non claires, non formelles, non définies.

On m’a déjà parlé du syndrome Asperger et j’avoue m’être intéressée à ça un bon moment. Je ne pense pas être concernée, à part les soucis sociaux, j’ai bien du mal à me reconnaître là dedans, par contre, je suis convaincue que le spectre autistique est bien plus présent dans le monde qu’on ne le croit car il atteint beaucoup de personnes selon des degrés parfois légers.

« Mais tu te prends trop le chou! Sois toi même et c’est tout! »

Mon homme me dit ça parfois. C’est croire que c’est contrôlable, volontaire et choisi. Tenter de contrôler toute cette anxiété c’est comme demander à quelqu’un de contrôler son rythme cardiaque ou même tout simplement le stress que tout le monde ressent! Ca marche de dire à quelqu’un « arrête de stresser, ça sert à rien!« ?
Au delà de ces remarques inutiles, malgré la difficulté que ça demande, oui, je suis convaincue que ça se travaille, que petit à petit, on repousse les frontières de sa zone de confort, que tout doucement on se libère de ces angoisses. C’est absolument possible, je le constate sur moi sans aucun doute!

Mes avancées
J’ai progressé, mais j’te dis pas! En plusieurs années, c’est incomparable, j’ai carrément élargie ma zone de confort. Franchement la Cendra d’il y a 10 ans serait le cul de voir ce que j’arrive à faire maintenant.
J’ai agrandi ma zone de déplacement géographique de façon gigantesque.
J’ai agrandi le nombre de contextes sociaux auxquels je peux participer.
Je me suis ouverte à ma belle famille.
Je discute avec des gens et je m’autorise à avoir des discussions plus profondes.
Je me donne de l’empathie et de l’indulgence et m’autorise à ne pas avoir envie et donc à m’écouter.

 

Bon, c’est bon, je crois qu’on est pas mal là, j’ai fait un petit tour du bazar. A voir si ça te parle, si toi aussi tu portes quelques fardeaux sociaux. Franchement j’aimerais bien savoir si toi aussi les rapports sociaux c’est de la semoule et que tu patauges. Hésite pas, partage.