C’était pas mieux avant

C’est un truc que je pensais avant. Avant, je pensais que c’était mieux avant.
Tu noteras que le terme « avant » est d’un flou intersidéral.

On pourrait croire qu' »avant » c’était il y a très longtemps, jadis, naguère, ou plus précisément il y a plusieurs siècles. Est ce que ces temps là étaient mieux que maintenant?
Entre la mortalité infantile élevée, la peste et autres épidémies, les régimes monarchiques ou le peuple crevait de faim et les guerres de pouvoirs et de conquêtes, ou les croisades et colonies, entre l’esclavage et les pendaisons en place publique comme divertissement du dimanche et la condition féminine atroce où enfanter n’était pas un choix mais plutôt un risque de mourir en couche, et où l’enfant, comme la femme étaient des monnaies pour accéder à plus de pouvoir, je crois qu’on peut dire qu’on n’est pas trop mal aujourd’hui. A la rigueur, le truc positif de cette époque floue et lointaine (tu choisiras toi même la fourchette historique dont je parle) serait peut être l’alimentation non industrialisée, les produits peu transformés et donc l’utilisation très peu répandue des produits de synthèses.
Donc, on peut être d’accord que les gens (probablement un peu aigris dans leur coeur) qui disent que « c’était mieux avant », ne parlent pas de cette époque.

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Ils parlent de quoi, de quand? L’indice qui m’aide à y voir plus clair serait leur tendance à ajouter également « Moi, de mon temps », « Moi, à mon époque ».
Qu’est ce que ça veut dire ça? LEUR époque? Mais, sont ils morts? actuellement, l’époque dans laquelle ils vivent encore n’est pas leur époque? Ils s’y trouvent encore pourtant!
Cela sous entendrait qu’ils estiment que leur vie, ou, en tout cas, l’essentiel de leur vie est terminée.
C’t’intéressant.

D’où vient cette pensée?
J’y vois deux raisons.

La première: ce n’est pas l’époque qui a changé mais leur vision de la vie.
Moi, ce que j’entends dans « c’était mieux avant », c’est qu’avant, lorsqu’ils étaient plus jeunes, enfants ou ados, ces gens avaient un enthousiasme, une joie de vivre, une force de vie qu’ils n’ont plus maintenant. Du coup leurs souvenirs sont remplis d’énergie, de découvertes, d’expériences enrichissantes, tout ce qu’un enfant ou un adolescent ou même un jeune adulte vit grâce à ses yeux pleins de passions et d’enthousiasme. Forcément, lorsqu’on se rappelle nos moments devant nos dessins animés (du club Dorothée pour ma part) ou devant la découverte d’un nouveau jeu vidéo (nintendo pour ma part), d’une nouvelle musique ou devant l’expérience toute nouvelle d’une balade qui nous paraissait fantastique, et bien, forcément, à côté de nos moments bien plus sobres, plus sérieux, plus planplans de nos vies d’adultes bien rangées, responsables et sages, ces derniers nous paraissent bien médiocres. Avant, c’était mieux! Oui, on est d’accord. Pas l’époque, pas les moeurs, pas la culture, non, notre vision si remplie d’enthousiasme était bien plus épanouissante avant, lorsque nous étions plus jeunes! (lorsque la société et la façon d’élever les enfants, n’avait pas encore réussi à écrabouiller notre force de vie, notre élan de découverte, notre enthousiasme (j’utilise beaucoup ce mot, « enthousiasme« , note qu’il représente pour moi tout ce que je cherche à retrouver dans ma vie).

La deuxième: je l’ai découverte dans un article . Il y est décrit (avec différentes études bien sympas à l’appui), que, plus nous côtoyons quelque chose, plus nous y sommes familiers et plus nous y trouverons du positifs.
Je te cite l’article en question pour illustrer l’idée:

« Ce serait ce qui nous est familier – ce qu’explique la théorie de l’effet de la simple exposition de Zajonc. Dans une expérience, le chercheur a présenté à des volontaires 12 mots de 7 lettres sans signification, en leur faisant croire qu’il s’agissait de mots turcs. Les mots étaient diffusés 0, 1, 2, 5, 10 ou 25 fois. Ensuite, les participants devaient évaluer si les mots étaient positifs ou négatifs. Autrement dit : sans connaître la signification des mots, les sujets ont dû leur attribuer un sens positif ou négatif. A priori, rien ne permet d’orienter leurs décisions… Et pourtant : les résultats montrent que les sujets attribuent un sens plus positif aux mots présentés un grand nombre de fois (10 et 25) qu’aux mots présentés rarement (0,1 et 2 fois) ! »

Cela concorde avec l’idée que l’on se fait des choses d’avant, puisque ce sont des choses, des habitudes, etc, que l’on a beaucoup côtoyé, qui nous sont très familières.

Est ce que c’était vraiment mieux avant?

Honnêtement, si on regarde bien, là, dans les faits, si on regarde comment on vivait dans les années 60, ou 70-80. C’était mieux?

Explosion de l’industrialisation: agriculture intensifiée, alimentation industrialisée, mal-bouffe à foison
Utilisation et exposition massive aux produits toxiques: pilules, médocs, antibiotiques à gogo, pesticides, additifs alimentaires, solvants, perturbateurs endocriniens, pétrochimie, polluants (transports, agriculture).
Les enfants des années 80 (dont je fais partis) ont été sous perfusion de sal*peries (Choco BN, Chocapic, Pitch, William Saurin, et toute la compagnie). Nous avons joui de l’explosion des nouvelles technologies citées juste au dessus qui ont facilité la vie des parents, mais, sans savoir que c’était bourré de m*rdes pour la santé. En conséquence, il est prévu une augmentation massive de cancers, maladies auto-immunes, maladies dégénératives dans les prochaines décennies. Plouf, plouf, ce sera toi ou toi ou toi qui n’y échappera pas.
Condition féminine difficile: inégalités, sexisme.
Condition des enfants: les adultes étaient, sans aucune inquiétude, maltraitants. Les professeurs étaient tout puissants et avaient le droit d’user de violences sur les enfants. Plus d’insouciance de la part des parents, ils laissaient plus de liberté aux enfants à l’extérieur (moins de peur qu’aujourd’hui avec le terrorisme, la pédophilie, etc).

Je sais pas c’que tu en penses, mais personnellement y a pas photo. Aujourd’hui, on revient au bio, on a le choix dans les produits que l’on achète, on a accès à des produits naturels, la réglementation devient plus stricte. La condition féminine avance, et celle des enfants aussi. C’est loin d’être un monde fantastique, y a du boulot, mais quand même, y a du mieux.

Il faut s’enlever les peaux de saucissons qu’on a devant les yeux les gars, avant c’était pas mieux. Et puis, tant que t’y es, remets tes yeux d’enfants, et observe le monde actuel, je suis sûre que tu trouveras de quoi nourrir ton enthousiasme retrouvé et ta soif d’expériences, les cailloux, les rivières, les aventures, y en a tout autant qu’avant, je t’assure.

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Besoin de solitude

C’est marrant, cet article est un peu en lien avec le précédent et, en même temps, il est un peu en contradiction, et en même temps aussi, il est pas si contradictoire que ça.

J’ai besoin de voir du monde, et de montrer le monde à mes enfants, je suis humaine donc j’ai besoin d’interactions sociales avec mes compères, même en ayant de l’anxiété sociale, ça n’empêche pas ce besoin fondamental!

Mais, j’ai toujours été une grande solitaire ou plutôt comme me qualifiait mon ancienne voisine « une sauvage« . Un peu, parfois beaucoup selon les périodes. J’aime bien, j’me sens bien quand j’suis enfermée dans une bulle. C’est assez logique quand on sait que sortir de chez moi a toujours été stressant, donc forcément, mon corps, cherchant à éviter le stress (qui est nocif à long terme), me montre que c’est reposant pour lui d’être seul.

Alors tu vois, je suis maman à temps plein depuis l’été dernier et j’ai mes deux amours de garçons avec moi au quotidien. Et je ne les fait pas garder régulièrement, c’est un choix absolument volontaire, et je ne scolarise pas mon plus grand, c’est un choix également absolument volontaire. Donc, forcément, de par le fait, tout ça m’a amené à m’assoir un peu beaucoup sur mon besoin de solitude.

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Mais, comme tout véritable besoin, ce besoin de solitude ne s’éteint pas et je peux poser mon fessier un bon moment sur lui, y a quand même un moment où il ne va plus se laisser faire et il va donc revenir à la charge, un peu remonté, et me hurler au pif « bon, tu vas t’occuper de moi oui?? Ou plutôt de toi? Tu vas t’isoler un peu pour qu’on puisse se recharger un peu l’esprit?! ». Ce besoin devient donc très fort, je me vois en train de saturer, ça monte et ça me rempli, et je deviens (plus) grognon, je râle (plus), je ne supporte plus très longtemps la présence d’autres êtres humains, aussi aimés soient ils.

Sauf que s’isoler dans le contexte actuel est parfois un peu compliqué, surtout que j’ai ma Granule 22 mois, qui est en phase « j’ai besoin de maman et faut pas qu’elle s’éloigne de moi trop loin ou trop longtemps sinon je crois que je vais me sentir abandonné ».

Dans ces moments, j’ai besoin d’être seule, seule, complètement seule! Pas de sortir voir une copine, pas d’aller me promener au parc où y a des gens aussi, non, j’ai besoin d’être dans un endroit qui me donnerait l’impression d’être isolée du reste de l’humanité, comme une petite île paradisiaque, perdue au milieu de l’océan, une île au sable fin et chaud, avec des noix de coco à porter de main, une magnifique cabane dans les arbres, une eau turquoise transparente et chaude et avec le bruit unique des vagues.
Un jour j’irai sur une île comme ça, peut être dans l’océan indien comme me le suggérait la Globule.

En attendant, j’écris cet article, sur mon lit tout défait, avec mon chat qui dort près de moi, la porte fermée à clef et avec le bruit de mes enfants de l’autre côté, dont l’un d’eux (tu devineras lequel si tu relis un peu plus haut), ne cesse de dire à son papa:

« et maman? » « maman? » « où maman? » « maman? » « et maman?? »

Montrer le monde à mes enfants alors que j’en ai peur

Je savais pas si une idée d’article allait me venir rapidement, là, ces derniers jours, et puis c’était juste devant mon nez, une évidence!

En ce moment, à la maison, on tourne un peu en rond, les cinq rhododendrons (j’adore ce mot) que nous sommes. On sort, mais pas trop, on s’ennuie du côté de la Globule, on s’active à fond du côté de la Granule et on s’épuise du côté des parents. Par contre, du côté du félidé femelle, RAS, elle glande, qu’est ce que je l’envie celle là. Et moi, ça me tracasse quand on tourne en rond, la météo n’a pas aidé (du tout), mais pas seulement la météo.

Je sais pas trop comment abordé le truc. C’est que je voudrais pas donner une fausse image du tableau, tu vois. Je vais faire quelques points là, importants:

– j’aime la vie
– j’aime les humains
– j’aime les échanges de qualité (de vrais échanges, où l’on se rencontre sans rien devant notre pif comme la politesse, un bus à prendre, les préjugés, etc)
– j’ai horreur des échanges superficiels ou impromptus (je sais pas faire, ça me met en stress, je ne contrôle plus rien)
– chaque sortie et échange social avec mes deux enfants, m’épuise (totalement, je suis vidée)
– j’aime mes enfants
– j’aime la joie, vivre à fond, être dingo comme on dit chez nous
– je veux que mes enfants aiment le monde et soient à l’aise contrairement à moi

Alors bon, je sais pas si t’as lu tous les points, mais on y voit bien un joli soucis. Je veux faire découvrir le monde à mes enfants mais moi même j’en ai peur.

C’est totalement irrationnel en plus comme peur. Enfin si, y a une origine, une histoire, des raisons que je connais bien. Il y a toujours une explication à tout (à notre échelle planétaire j’entends, pour le reste, je laisse cela à l’inconnu). Je travaille à fond là dessus depuis des années, j’ai élargi de façon magistrale mon cercle de confort et j’ai considérablement réduis le nombre de mes phénomènes d’évitement. Je suis extrêmement fière du job que je fais sur moi même et franchement, je suis presque sûre que, dans beaucoup de contextes, mon anxiété sociale ne se voit même pas.

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A l’inverse, mon homme est très sociable, ultra à l’aise entouré des Autres, très avenant et d’une humeur assez stable. Pourtant, c’est fou, mais c’est pas lui qui nous ramène le plus de monde ni qui emmène le plus mes enfants vers le monde! Non, c’est moi. Peut être (sans doute) parce que je fixe beaucoup mes pensées sur ce besoin de faire découvrir le monde à mes enfants, j’en fais presque une obsession, un soucis récurrent. Du coup, je cherche un maximum d’opportunités et mes recherches me prennent du temps car les sorties doivent remplir différents critères:

– le trajet doit m’être accessible sans trop de stress. Partout sauf les gros centre villes qui me sont, pour le moment, encore insaisissables.
– Le temps de trajet ne doit pas trop excéder 30 minutes (parce que selon la Granule, 21 mois, la voiture c’est nul).
– Il ne doit pas y avoir trop de monde ou, en tout cas, pas du monde qui me stresse.
– Il ne doit pas y avoir qu’une personne. Un tête à tête entre adultes peut me rendre très anxieuse.
– Les activités et le lieu doivent convenir le plus possible à un enfant de 21 mois et à un enfant de 5 ans sinon l’un va vouloir rentrer au bout de 10 minutes.
– La durée de la sortie ne doit pas être trop longue.
– Evidemment ça ne doit pas me coûter un rein, ni même la moitié.

Alors, mon homme me dit que je me prends trop la tête. Mais mon homme n’est pas anxieux social vois tu, il est donc un peu à côté de ses pompes à ce niveau là. Et c’est ainsi que je fonctionne, je pose mes exigences, mais qui répondent à mes limites « tolérées », c’est à dire que je pose les limites toujours un peu plus loin que ma zone de super ultra confort, elles doivent me permettre de trouver la solution qui me sera adaptée tout en me faisant passer des petits défis peu angoissants. C’est ainsi que je progresse.

Alors, je ne sors pas encore autant que je le voudrais, je n’ai pas beaucoup de monde qui vient à la maison (j’ai beaucoup de mal avec ça, beaucoup de mal à faire entrer les gens dans mon intimité, mon cocon, mon bunker), mais n’empêche qu’on en voit quand même du monde! Ouais, oui, mes enfants, je les sors, ils voient d’autres enfants, d’autres adultes et l’idée c’est que cela doit aller crescendo, sans pour autant atteindre un niveau ultra élevé d’interactions sociales, on s’en fiche!

Mais c’est une bataille, en fait je le vois, j’ai ce mur en plexiglas, je me cogne dessus en avançant, mais je te le dis, il recule ce nase à force de taper dedans. Et je fais en sorte que ce problème soit bien identifié par mes enfants comme étant le mien. On en parle à coeur ouvert sans difficultés.

« ouais tu vois, j’ai du mal à être à l’aise quand je rencontre d’autres gens, mais j’avance! je fais des trucs, je me suis inscrite là, et j’ai invité bidule, les barrières ça se recule jusqu’à ce qu’elles tombent dans un fossé »
 » Ouais maman, ha, toi tu as peur des gens et moi j’ai peur des tsunamis, mais un jour j’irai sur une île de l’Asie! »

Il est fortiche mon môme pour me montrer le chemin, vers l’océan indien alors, en avant guiguamp!