T’as fait tes devoirs?

Y a un truc qui me chagrine depuis un moment, et chaque fois que ça me vient à la figure, je fais la grimace.

On nous demande, de façon implicite et de façon parfois très explicite, à chacun d’entre nous, de remplir nos devoirs d’humain civilisé. Tu crois pas que c’est stupide? Surtout si je te rappelle que, de toute manière, se casser les noyaux ou pas, on finira tous au même endroit.

Selon moi, il y a un seul réel « devoir » que la nature nous envoie en fond sonore. Sisi, si tu écoutes bien ton cerveau reptilien, et si tu penses à tous nos réflexes archaïques, tu entendras la seule demande qu’on te susurre: survis!

Voilà, l’instinct de survie, il faut se battre pour vivre quoiqu’il t’arrive. C’est tout. Point. Y a pas à tortiller, tous les autres devoirs qu’on te refourgue sur le dos ne sont que du leste supplémentaire et superflu, qui seront dépendants de ta culture/pays/famille/histoire/croyances, etc.
A la rigueur, tu pourrais me dire qu’il y a aussi le devoir de te reproduire pour perpétuer ton espèce. C’est pas faux. Mais c’est lié avec le fait de survivre en laissant tes gènes derrière toi. Et encore que, on arrive à se passer de ce devoir de reproduction à notre époque (la planète, la pauvre, elle a déjà du mal à nous supporter tous et la démographie va pas l’aider).

Alors voilà, moi j’en ai plein le dos des « devoirs » qu’on me rabâche. Parce que visiblement, d’après mes compères humains et mes proches, je DOIS:

– dresser mes enfants pour qu’ils soient soumis et sages
– aller voir ma famille régulièrement
– répondre au téléphone et être joignable quand messieurs dames le souhaitent
– voter
– m’occuper des membres de ma famille qui galèrent
– être une mère, mais aussi une femme, une salariée, une citoyenne, une soeur et une fille, et tout ça sans faire chier
– rester dans la norme sociale (bosser mais pas trop, mettre mes gosses à l’école, vivre dans un rythme convenable- métro-boulot-suppo-dodo-, manger de tout, etc)

Dis toi bien que j’en oublie. J’ai mis ceux qui me viennent à la figure le plus souvent. Et il est maintenant, pour moi, hors de question d’y répondre. Pour ma survie justement! Oui, je veux vivre, et pour ça il n’est plus acceptable pour moi de penser aux autres. Le dire comme ça paraît égoïste (j’ai un brouillon dans mes articles, tiens, dans lequel j’aimerais parler de ce qu’on nomme « l’égoïsme », parce que je suis convaincue que les gens seraient plus heureux s’ils pensaient plus à eux), mais c’est simplement le reflet d’une recherche de bien être. Je ne veux plus répondre aux demandes par devoir. C’est terminé, je n’appelle plus ma famille juste parce que « c’est la famille » et que je le dois. Je ne passe plus chez maman ou la marraine juste parce que « la famille c’est important », et qu’il faut se voir. Les devoirs familiaux et sociaux sont illégitimes. Si je vais voir quelqu’un c’est par envie, par plaisir. Si j’ai pas envie, je n’y vais pas.
Je ne parle pas ici des « devoirs » de respect ou législatifs (devoir ne pas faire de nuisances sonores la nuit, devoir payer les impôts), tout simplement parce qu’ils font appel à des principes de respect et de liberté de chacun, tout cela reste fondamental et/ou obligatoire dans notre monde civilisé.

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Tous ces devoirs divers qu’on nous demande d’accomplir, sont insensés, stupides et illégitimes. Je vous rappelle qu’on finira tous par claquer, alors les devoirs, mettez les au grenier, on a pas que ça à faire de la vie qui nous reste.

Si je contrarie quelqu’un en ne répondant pas au téléphone, ou en ne souhaitant pas la visiter par exemple, c’est dommage mais ça restera son problème. J’aime les gens, j’aime ma famille et j’aime partager des moments agréables avec les autres, et, pour cela, je ne le fais que lorsque j’en ai envie, c’est tout bête. Tu préfères que quelqu’un vienne te voir par devoir ou par plaisir? Alors voilà, laisse lui la liberté d’avoir envie.

Je me débarrasse de ce poids qu’on me met, j’ai décidé de ne plus le porter. C’est votre fardeau, moi j’ai décidé de ne répondre qu’à mon instinct de survie. Je vis, je file, et tant pis si ça brise quelques cordes.
Maitresse, j’ai pas fait mes devoirs!

Le 6ème sens des enfants

T’y crois peut être, ça t’est évident ou peut être que tu penses que c’est du flan, moi je fais parti de ceux qui sont convaincus que les enfants ont une certaine magie dans les sensations, une sensibilité épatante qui font d’eux des êtres « supérieurs » dans l’émotionnel.

J’y croyais déjà avant la Globule, et, depuis la Globule, je peux dire que je l’ai maintenant constaté.

La Globule a toujours été « hyper sensible », à capter le moindre sourcil qui tremble, le moindre menton froissé ou penché, et tout un tas d’autres stimuli dont je ne soupçonne absolument pas l’existence et qui me sont passés devant les yeux sans que je ne les vois. Il est capable, comme tous les enfants je dirais, de ressentir ton intérieur avant toi, comme s’il avait accès à une part de ton inconscient alors que toi tu es à la ramasse.

Plus particulièrement avec La Globule, depuis sa naissance, lui si intense, si hyper sensible, je l’ai toujours senti connecté à mes tripes. J’ai parfois l’impression qu’il y a un câble invisible entre son intérieur et le mien, un genre de cordon ombilical émotionnel, qui ne va que dans un sens, de mon intérieur vers le sien et qu’il capte tout.

Alors, je dis que les enfants ressentent un paquet de choses, mais je pense également que ça peut énormément les déstabiliser puisqu’ils ressentent sans pouvoir l’expliquer, ni mettre des mots dessus. Pour eux, il y a « quelque chose » sans pour autant pouvoir toujours définir vraiment de quoi il s’agit.

C’est durant la grossesse de La Granule que j’ai constaté ce sens sur-développé chez mon ainé. J’ai trois anecdotes à ce sujet.

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Première
Moi et mon homme sommes en essais pour bébé numéro deux. C’est le deuxième mois d’essai. Le test de grossesse ne va pas tarder, nous sommes dimanche. Ce jour là, La Globule, 3 ans, passe une journée difficile avec de grosses colères, des pleurs assez forts. C’est étrange puisque ça faisait longtemps qu’il n’en faisait plus autant. Je suis épuisée, la journée m’a lessivée, le soir arrive, je m’assois sur le canapé. La Globule s’approche, la mine toujours basse, les sourcils froncés. Je le prends sur mes genoux, et, face à face, je tente de lui demander « chéri, je vois que ça ne va pas, dis moi avec des mots ce qui te contrarie autant, avec des mots ». Et lui, le regard bas et, gardant le visage froissé, il ne dit pas un mot. Mais, il lève son index et me montre mon ventre. « Et bien, quoi, mon ventre, qu’est ce qu’il y a? ». Il ne dit toujours rien et ne s’arrête pas, il montre et remontre mon ventre. A ce moment là, je suis effrayée, une montée d’adrénaline me prend. J’ai compris. Lui, ne s’arrête pas, il me montre mon ventre et puis ma poitrine, son index devant mes seins. Oui, il avait raison, ma poitrine avait un peu grossi ce jour là. Il insiste, soulève mon t-shirt et attrape la peau de mon ventre entre son pouce et son index. Alors, je le câline puis il va se coucher. Le lendemain matin, je faisais le test qui me montrait une double barre. A partir de ce moment où j’ai pris conscience de cette grossesse, La Globule n’a plus été contrarié et a retrouvé sa bonne humeur. Il fallait que je sache.

Deuxième
Les premières semaines de grossesses défilent et les nausées se sont bien installées. Alors, forcément je me plains et plus la journée passe et plus les nausées sont envahissantes, du coup le soir, en famille je suis au summum de la râlerie. La Globule le voit, l’entend et plus encore le ressent. Lui aussi il a mal au ventre, lui aussi il est malade. « Oui, maman, papa, j’ai envie de vomir, je crois que j’ai un hoquet qui fait vomir ». Tous les soirs il se plaint, il se dit malade, son ventre le gène. Moi et mon homme sommes un peu désemparés, il montre des signes de mal-aise, et pourtant le reste du temps il continue de jouer avec énergie. Je vomis deux ou trois fois, mais le reste du temps je n’ai que des écœurements et nausées. Une nuit, La Globule nous rejoint dans notre lit. Il tourne, se plaint, visiblement ça ne va pas. « Maman, j’ai un hoquet qui vient ». J’ai eu le temps d’aller chercher un récipient et il dégobille tout ce qu’il peut. Les jours passent, il se plaint de son ventre, il vomit une autre fois, pourtant, le reste du temps il a la pêche! Et puis, je pige enfin ce qui se passe, il a mal au ventre comme j’ai moi même mal au ventre… Le temps passe, j’essaie différentes choses pour calmer mes nausées, et puis le premier trimestre se termine, les nausées s’évaporent. Et bien sûr, les maux de ventre de La Globule s’évaporent au même moment.

Troisième
Nous avons gardé le sexe du bébé secret. La plupart du temps les gens se sont donc amusés à tenter de prédire ce qui se cachait là dedans. « Oh, je suis sûre que c’est une fille!! » (oui, sache le, si tu as un garçon, les gens s’attendent à ce que tu aies ensuite une fille, et inversement!), alors à chaque discussion, avec chaque personne, l’échange avec La Globule est le même:
« Et toi La Globule, tu aimerais avoir quoi, un petit frère ou une petite soeur?
-C’est un petit frère
-C’est ce que tu voudrais? mais tu sais on ne choisi pas
(alors pourquoi tu lui poses la question??)
-Non, non, C’EST un garçon ».
Voilà, merci au revoir.

 

Nota Bene: penser à lui demander les prochains numéros gagnants du loto

Le pas est franchi: l’école c’est fini

La Globule a 4 ans et des brouettes. Il connait l’école depuis ses 3 ans. A ce moment là, j’étais pas très enjouée et c’était les fesses serrées que je l’avais inscrit.

J’avais écris sur ce sujet ( ici: L’école c’est bien et c’est obligatoire ), pour expliquer que je restais très vigilante quant à l’emprise éventuellement néfaste que l’école pourrait avoir sur lui et sur le fait que nous n’hésiterions pas beaucoup à l’enlever, l’arracher même, de ce système un peu/beaucoup influençant.

La petite section s’est bien passée. Globalement. Mais quand même c’était pas le paradis.
Dès les premières semaines la Globule a commencé à aller à l’école à reculons, jusqu’au jour où il ne voulait pas décoller de la maison. Il a su nous expliquer que les grands l’embêtaient lorsqu’ils venaient le caresser, le câliner, le consoler. Pour être plus précis, à l’école, les petites sections les plus choubidou sont souvent très très aimés des plus grands qui n’hésitent pas à leur caresser les cheveux ou la joue ou simplement à venir leur parler ou leur demander comment ça va. Mais, attention, la Globule n’aime pas-duuuu-tout qu’on le touche, tripote, caresse, surtout si tu es ni sa maman ni son papa.
Nous lui avons demandé s’il voulait qu’on en parle avec la maitresse, et donc avec son accord, moi et mon homme, à tour de rôle et de façon très insistante et quotidienne, nous en avons parlé à sa maitresse et à l’ASEM. Elles ont pris le soucis très au sérieux et, très rapidement les grands ont arrêté de vouloir papouiller notre bonhomme.

Et puis l’influence classique de l’école a fait son apparition sur la Globule, avec les stéréotypes, la violence, les contraintes d’autorité, le bien/pas bien, le stress des récrés « comment ça s’est passé la récréation? » »moi je m’assois sur le banc des maitresses et je leur raconte ma vie en regardant les autres courir partout ».
La Globule, intense comme il est, absorbe tout à l’école et ressort tout à la maison.
La première année s’est bien terminée, notre bonhomme étant un enfant trèèèès docile en classe, trèèèèès doué et trèèèès à l’aise avec les adultes.

La moyenne section se passe bien. Globalement. Cette année, il a crée des amitiés avec, entre autres, un meilleur copain. Cette année a donc montré que la Globule a des capacités sociales qui dépassent déjà largement les miennes et qui permettent donc logiquement de me rassurer sur ce point là. En gros, il est capable d’aller vers ses congénères sans aucune gène pendant que moi je continue de serrer les fesses.
L’influence de l’école a continué de faire son effet évidemment, avec, toujours, les punitions, les « maitresse elle a crié et j’ai eu peur« , la violence sous des tas de formes (je l’ai dis que la récré c’est la loi de la jungle?), les « même pas mal« , les jeux de force, etc.
Toutes ces petites choses, banales, considérées banales plus précisément, auxquelles je n’adhère pas. Et puis l’école classique c’est tout un concept qui est, selon moi, totalement à révolutionner (si t’as 4h devant toi, on peut papoter sur ce sujet).
La Globule est dans une petite école privée qui propose de supers ateliers autonomes montessoriens, mais, malgré mes demandes, non, ils n’iront pas plus loin dans le concept. Bon, dommage, vous étiez sur la bonne voie!

L’année prochaine c’est la grande section. Et qu’apprends-je. Les grandes section sont dans la même classe que les CP et sont donc déjà fourrés et immobilisés derrière des bureaux.
Et là, c’est devenu pour moi le critère rédhibitoire. No way. Stop. Pas question mon cochon.

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Alors, j’ai ruminé, réfléchis, discuté avec mon homme. Ensuite j’ai encore réfléchis, ruminé et puis j’ai recherché.
Autour de nous nous avons deux écoles intéressantes qui viennent tout juste d’ouvrir en 2016: une école Montessori et une école libre. La première coûte 4800€ par an. Ahum. Pas possib’. La deuxième est bien bien moins chère et le concept est super intéressant. J’ai eu des retours de maman qui disaient que l’organisation n’était pas encore super bien rodée. Bref, c’est devenu mon option numéro deux.

Je suis en congés parental et on arrive à se débrouiller financièrement. La Globule n’est pas encore dans l’âge où l’instruction est obligatoire, donc pas de stress d’inspection. L’école ne prône pas les valeurs qui nous sont plus que chères. Alors, la décision est venue tout simplement. Sur le cahier de vie de notre bonhomme, là où on nous demande si on souhaite le réinscrire l’année prochaine, on a coché « NON« . Nous ne réinscrirons pas notre fils. On se lance dans l’IEF (Instruction En Famille)

Ce pas, énormissime pour moi, cette case cochée, ça a eu l’effet pour moi, d’un énorme saut dans le vide, mais bondieu, un saut giga-excitant.

On est face à des choix tu vois, parfois ça demande beaucoup de temps pour le faire. On est en plein désarroi, on rumine un paquet de temps, on sait pas trop si on va faire le bon choix. Et puis des fois, lorsque le pas est franchi, ça fait comme un souffle frais sur le visage, un truc qui te fait respirer en dedans. Et là, tu sens que ton choix il est en accord total avec toi même. Ca colle, ça rend fière, ça concorde, ça coule de source, comme une bonne confiture étalée sur une couche de beurre. Nickel.

Certains points m’effraie. Ceux qui vont m’obliger à me mettre quelques gros coups de pieds au derrière. Ceux qui vont donc sans doute agiter mes faiblesses sociales, parce qu’il n’est pas question que ma peur de l’extérieur enterre mes gosses à l’intérieur de la maison.
J’ai peur également de l’épuisement, parce que mes mômes c’est pas des statues de cire, ils me sollicitent de façon intense.
Nous savons également que cette décision nous la prenons pour un an. Nous testons. Nous verrons. Peut être que l’IEF deviendra notre mode de vie à long terme, peut être que ça ne durera qu’un an. Nous n’en savons rien, et ça reste logique. Chaque choix doit répondre à un questionnement de l’instant. Chaque décision se fait à un moment donné, dans un contexte donné et doit pouvoir être réadapté selon l’évolution des besoins de la famille.

Un an et des brouettes, et le reste on verra.