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La phase d’affirmation: seulement une phase?

 

1er janvier 2018, très exactement: nous sommes chez la belle famille, et la Granule, 18 mois a décidé, ce jour là, d’entrer en action.

« Non » « non » « non » « non » « non » « non » « non » « non » « non » « non » « non » « non » « non »

Moi et mon homme avions pris le soin d’utiliser le mot « stop » plutôt que « non », mais tu l’auras compris, ça n’a pas servi à éviter le « non » de notre bonhomme.

« Terminé, plus question de se laisser faire par les darons, plus question de les laisser décider de ma tenue, ni du moment où on rentre à la maison, ni de l’endroit où je m’installe pour manger, ni du moment de mettre ou enlever la couche (je préfère garder une couche sale et remplie de caca mais l’avoir décidé, plutôt que l’enlever pour être à l’aise si c’est mes parents qui proposent, non, JE choisi de me trainer ma couche crado, c’est MON choix). »

Alors, on voit du « Terrible two », ou encore « phase d’opposition », et puis du « il te cherche » « faut pas céder » « c’est des caprices », moi perso j’adhère pas du tout, du tout, je penche plutôt pour « phase d’affirmation ». Sauf que, tu enlèves le mot « phase », et tu obtiens donc « affirmation« , voilà, on y est.

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Parce que, concrètement, c’est juste une phase? Ton gosse, il veut choisir, décider, se sentir influent, important, voir qu’il a un impact sur son monde, mais tu penses qu’à un moment donné, il va arrêter de vouloir choisir des trucs et redevenir docile et naïf comme avant? « Voilà maman, c’est bon, j’ai assez décidé de choses, maintenant tu peux à nouveau m’habiller comme tu veux, quand tu veux, m’emmener et me ramener quand tu le décides et finalement, tout faire comme avant lorsque j’étais un mignon poupon sans avis ».

Bien sûr, non. C’est juste le début des emmerdes. Ca ne passera pas avec le temps.

Il va maintenant falloir faire avec ses volontés. C’est pas de la tarte même si évidemment, c’est important. Mon fils est une personne à part entière, un individu unique qui a besoin de sentir sa puissance personnelle.

Nous lui laissons donc, un maximum de liberté, un maximum de choix. Je crois que, plus on se braque, plus on sert les fesses, et plus c’est compliqué, long et néfaste pour l’enfant. Je crois important de ne pas écraser, piétiner, les désirs, besoins et choix de nos enfants qui sont tout aussi importants que les nôtres. Donc, on lâche prise, on arrête de rester butés sur des choses, finalement, peu importantes. Chez nous la liberté de chacun est importante, aussi importante que le respect des autres. C’est leur corps finalement et si mon fils ne veut pas de couches, il n’en porte pas. S’il veut manger du riz au moment du gouter, c’est ni grave ni dangereux.

Le terrible two n’existe pas selon moi. A partir de 18 mois/2 ans, l’enfant prend conscience qu’il a une puissance personnelle qu’il souhaite établir sur son environnement. C’est normal, c’est sain, c’est surtout un besoin essentiel. Nous sommes passés par là nous les adultes, anciens enfants aussi, sauf que, très probablement, on ne nous a pas laissé ressentir notre puissance personnelle et on nous a obligé à continuer d’obéir même si cela devait être à l’opposé de nos besoins/ressentis/choix/avis.

« Sisisi, tu mets ta veste, on ne discute pas, il fait froid dehors ».
Réponse intérieure de l’enfant « Mais maman, j’ai pas froid, mon corps me dit qu’il a chaud. Je crois donc que ce que je ressens est faux, mes choix sont mauvais ».
« Sisisi, tu manges toute ton assiette ».
Réponse intérieure de l’enfant « Mais papa, je n’ai plus faim, mon corps me dit qu’il est rassasié et puis mon corps me dit qu’il n’a pas besoin d’autant de féculent. Je crois donc que ce que je ressens est faux, mes choix sont mauvais ».

Bon, je pense que tu comprends l’idée. Je suis pour laisser autant le choix aux enfants qu’aux adultes (on est pas deux espèces différentes). Donc, notre Granule, 20 mois choisi et obtient ce qu’il demande, quand cela est possible.
Et oui et oui, alors il va bien falloir l’accepter. En plus de mes opinions, ceux de mon homme et celui de mon 5 ans, il va falloir prendre en compte celles de notre 20 mois et ça, ça ne changera pas, ce n’est pas une phase passagère, nous l’intégrons à notre vie familiale, ad vitam æternam. Sans fin.

 

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Mais comme il est secure!

J’ai envie de te parler de ma Granule. Il a 18 mois et il est la chose la plus mignonne du monde
Je te disais dans un autre article que j’adorais la période des 9-12 mois et, régulièrement, j’ai envie de revenir sur cet article pour rallonger la période parce que là, à 18 mois il est d’une mignonnerie qui bat des records. Bref, mon fils il est totalement chou avec ses deux joues bombées, ses yeux ronds et son petit nez rond, tout est rond chez lui (n’entend pas par là qu’il est un peu « trop » potelé, il l’est à peine, juste parfaitement).

Ce que j’admire, entre autres choses, chez lui, c’est sa manière d’évoluer dans le monde. T’as peut être remarqué, si tu me lis (encore que, je ne l’aborde pas autant dans mes articles qu’il n’accapare ma vie réelle), que j’ai encore beaucoup de mal avec les relations sociales, et que les codes sociaux, les convenances, les « règles » de rencontres et d’échanges ne me sont pas faciles. Et, ce que j’aime chez les petits c’est que tout ça, ils s’en cognent et qu’ils sont entièrement authentiques. D’ailleurs, j’en remets une couche ici (je remets toujours pleins de couches), mais si les adultes pouvaient leur foutre la paix avec les convenances sociales et les politesses à la noix, les enfants auraient la magnifique chance de rester authentiques et vrais, même en grandissant, ouah, le rêve…

Mon fils de 18 mois n’a jamais été gardé en crèche ou par une nounou, il est avec moi la majorité du temps, le reste du temps il est avec son père, et, de temps en temps avec ma mère. Il est allaité (« Encore!? rhoooo, il faut arrêter maintenant!! » « Non ») à la demande et on fait du cododo. Petite cerise sur le gâteau, évidemment il est porté, cajolé, materné, jamais laissé pleuré, etc. Bref, il est entouré, le plus possible (c’est pas tous les jours la joie, tu te doutes) d’amour et de respect pour son développement, tout ça dans le but de lui apporter la sécurité affective qui manque tant à la presque majorité de nos congénères.

La réaction classique face à un enfant élevé comme le mien est de dire, à la maman la plupart du temps, qu’il ne sera pas sociable et qu’il faut qu’il apprenne à être séparé de sa mère. Alors évidemment, moi je te dirais que c’est irrationnel, inconscient, anti-naturel et faux, tout ça pour mille raisons que je ne veux pas développer ici, retiens simplement que mon message serait de te dire que le maternage, l’affection, l’écoute des besoins du bébé et de l’enfant est la plus merveilleuse des façons de le faire grandir.
Je te dirais enfin que, plonger l’enfant dans une cour/une crèche, remplie de bambins qui gueulent, gardés par des gardiens adultes autoritaires et violents c’est comme de plonger quelqu’un dans une piscine remplie de requins, sans qu’il soit préparé et équipé, et là tu lui dis « Allez, mon chéri, vas y, c’est ça la vie, démerde toi ». L’enfant n’étant pas prêt, il va s’y faire de façon forcé et risque très probablement de le faire avec une bonne grosse dose d’angoisses et de stress qui ne seront pas exprimés dans ce lieu hostile.

J’en viens à la Granule. Ce merveilleux petit garçon est d’une aisance, pffffiou. C’est beau, moi ça me retourne, t’imagines bien comme le sujet m’est sensible.

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« Ça à l’air cool le monde, on y va? »

Globalement, lorsqu’on arrive dans un lieu qu’il ne connait pas ou peu, où se trouvent des gens qu’il ne connait pas ou peu, il va d’abord resté immobile et silencieux, pour observer, scruter, scanner. Cette phase peut durer 30 minutes, parfois plus.
Une fois l’examen du contexte fait, il va se mettre à entrer en interaction avec les autres êtres humains qui l’intéressent:
– Il va se mettre à 5 cm du visage de la personne qu’il convoite (quand je le vois faire ça, je trouve ça mignonnement marrant)
– Il va prendre un des objets avec lesquelles la personne est en train de jouer (parce que ce que fait la personne l’intéresse)
– Il va toucher la personne (avec l’index, comme s’il se demandait « c’est fait en chair, comme moi? », ou alors il va la caresser).
– Et enfin, il va lui parler, simplement pour manifester sa présence.

La Granule a également une capacité d’adaptation fantastique. Lorsqu’il n’est pas avec moi ou son père, il sait ce qu’il peut ou ne peut pas demander à la personne qui le garde et, à mon retour, il va me manifester toute la tension que cela lui a demandé d’être sans sa figure d’attachement. Je reçois sa décharge, souvent très brève.

Étrangement, avec lui, je n’ai jamais été stressée à l’idée de le laisser à d’autres, que ce soit dans les bras ou pour le faire garder ponctuellement. Je le sens tellement serein, que moi ça me rend sereine (ou est ce l’inverse, finalement, on s’en fout).

Pour appuyer mon avis brièvement exposé au 4ème paragraphe de cet article, j’ai 3 exemples, (encore que, si je compte mon chat qui a été séparé de sa mère avant son sevrage ça ferait même 4 exemples, mais je me contenterai de ne citer que les exemples humains, même si, je t’assure, mon chat est presque humain). Donc, dans mon foyer, j’ai 3 humains sur 4 qui appuient mon avis (le 4ème humain étant mon homme, je connais moins son vécu d’enfant et il me semble qu’il pourrait finalement bien rentré dans mes exemples, mais bon, sa vie privée restera privée ou alors il a qu’à créer son blog).
Bien entendu, ce ne sont que 4 exemples, rien qui n’en fasse des statistiques fiables, je veux juste partager avec toi ces exemples qui me concernent:
– Moi: mise à la maternelle dès l’âge de 1 an et demi (ça va, c’est assez tôt pour sociabiliser?): j’ai gardé de forts souvenirs de chagrins, je me souviens d’avoir pleuré longtemps sans que la maitresse ne réussisse à me consoler et je me souviens d’une énorme peur, d’une angoisse, l’impression d’être perdue et d’une très forte sensation d’abandon (tous ces souvenirs ne représentant pas un seul moment, mais bien au contraire, des tas!). J’ai toujours été étiquetée de timide, et, en grandissant j’ai développé jusqu’à l’âge adulte une anxiété et des phobies sociales.
Tentative de sociabilisation forcée par l’adulte: failed
La Globule: mis à la crèche à l’âge de 5 mois lors de ma reprise du travail, il a enchaîné avec l’école à 3 ans. Il a toujours eu besoin de temps pour s’intégrer, il observait énormément les autres sans interagir, les autres ayant tendance à venir à lui pour jouer avec lui, alors que lui avait envie de jouer seul, tranquille (c’est encore le cas aujourd’hui). Il est très angoissé lorsqu’il faut le laisser avec d’autres personnes, et, l’école était un lieu de stress avec un paquet de tensions à décharger à la maison. Aujourd’hui, il est hyper agréable avec les autres, toujours conciliant (trop, peut être), et finalement très vite déçu par les échanges avec les autres enfants. « Maman, les autres enfants, ils sont durs, ils me disent des choses méchantes et il faut toujours faire ce qu’ils veulent, moi je préfère les adultes, c’est moins compliqué ».
Tentative de sociabilisation forcée par l’adulte: failed.
Nuance: la Globule est beaucoup moins introverti que moi, c’est d’ailleurs totalement incomparable. Il ne cache pas longtemps ses émotions, et va vers les autres avec énormément d’entrain et d’envie (avant d’être à nouveau déçu), je suis tellement heureuse de voir les superbes bénéfices de nos choix d’éducation sur un enfant pourtant anxieux et portant une forte sensibilité.
La Granule: 18 mois, toujours gardé par ses parents, allaité, materné, cododoté, cajolé, etc. Il a, comme je l’ai dis tout au long de ce (long) article, une aisance sociale et une sérénité fantastiques. Bref, c’est un enfant dit « secure« .
Sociabilisation naturelle, choisie par l’enfant lorsqu’il se sent prêt: success.

Deux enfants, c’est facile!

J’étais enceinte de la Granule je crois ce jour là, et il y avait un repas de famille avec quelques amis également.

J’étais enceinte de la Granule aussi cet autre jour, et j’étais à la pause café dans mon labo.

Sinon, il y avait cette autre fois, j’étais enceinte de la Granule toujours, et une amie de ma mère était chez nous.

Toutes ces fois là, j’ai entendu la même chose.

« Tu verras, un deuxième ça change pas grand chose. C’est au troisième que ça chamboule tout ».

Je n’écoutais pas vraiment ces fois là, comme depuis longtemps maintenant, j’écoute les paroles, mais je ne prends rien de ce qu’on me prédis/conseille/affirme comme des vérités établies.

Un deuxième enfant, dis moi, comment cela ne pourrait il pas changer ton quotidien?
A la rigueur, un poupon de supermarché je veux bien, mais un deuxième être humain qui vient de naître en plus, ça vie, ça émet, ça demande. A moins que je ne le fiche dans un placard insonorisé… et que je le nourrisse au gré de mes humeurs, ou mieux, que je l’oblige à synchroniser parfaitement ses besoins et envies avec ceux de son grand frère, comme ça, je ne fais tout qu’une fois! C’est dommage, j’ai pas choisi la facilité.

Pour mon deuxième, je ne m’attendais à rien. Ni qu’il chamboule complètement mon quotidien, ni qu’il s’adapte si bien qu’il paraîtrait s’être faufilé en douce dans nos vies et nos habitudes, ni vu ni connu. Il prendrait sa place, et, peut être même, comme son grand frère, qu’il ne le ferait pas dans le feutré, qui pouvait savoir!

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La Granule est arrivé, et il a su se faire discret d’abord. Il ne hurlait pas, ne pleurait pas beaucoup, dormait plutôt bien. Je me suis dis, tiens, voilà un modèle plutôt calme que je viens de mettre au monde. C’est vrai, il était plutôt cool. Ca c’était au début, les premières impressions à chaud. Tranquillement la fatigue est arrivée, et, tout aussi tranquillement, la Granule a pris sa place et plus précisément, a montré sa place. « Les siestes, ce n’est pas quand ça vous arrange, c’est quand je suis fatigué et c’est pas tous les jours pareils. Le sein, je le veux près de moi, à disposition siouplait. Je veux pouvoir explorer tout mon environnement sans aucune restriction, peu importe si un couteau ça coupe ou si monter sur un meuble d’1m peut faire bobo. »

On pourrait croire que les moments les plus fatigants se passent durant les premiers mois de vie, mais ça n’est pas notre cas ici pour la Granule. D’ailleurs, comment cela pourrait être le plus fatiguant puisqu’un nouveau né dort toutes les heures et ne cherche pas à crapahuter partout sans surveillance? Ah, c’était si bon quand à peine réveillé depuis une petite heure nous reposions notre tout petit et qu’il s’endormait sans trop sourciller. C’était facile lorsqu’il gardait la place où nous le posions sans chercher à s’en échapper, juste quelques tortillements tout mignons. Mais, depuis, la Granule court, grimpe, râle et se fait entendre et voir.

Il veut, je le vois bien, faire connaissance avec le monde et se met à courir jusqu’aux quatre coins de son environnement même si ces coins doivent se situer au fond de l’univers. Il veut, je l’entends si bien, se faire comprendre et va se battre pour ses désirs. Il nous indique ce qu’il veut toucher, manger, boire, et nous montre sa frustration quand sa demande n’aboutit pas.

Et puis, il est le petit de sa maman. Sa Maman. Il est mon fils, y a pas de doute, comme un sac en bandoulière, il est là. Comme un circuit dérivé, il se tient là, mon fils tirant sur ma jupe, entourant ma jambe, serrant ses cuisses autour de ma hanche, posant sa joue ronde sur mon épaule, partageant tout son être avec le mien. Il me demande, me réclame, me veut là. C’est si épuisant parfois! C’est si gratifiant aussi, d’être l’unique être unique à ses yeux.

J’aime aussi le voir coller son frère, comme une ombre en écho, il va reproduire chacun de ses gestes. Ce grand frère modèle, son idole qui sait le faire éclater de rire comme aucun autre. Mais, il a quatre ans de moins, alors non, mon petibout, tu ne peux pas encore tout faire comme la Globule, et ça c’est si frustrant. Et ce grand frère qui a parfois besoin de son espace, aimerait le voir parfois un peu plus loin (mais pas trop, parce que quand même, il est trop mignon mon petit frère), alors tout ça, ça demande beaucoup d’énergie.

Les fatigues de chacun des mes enfants n’arrivent pas aux mêmes moments, les faims, les bobos, les besoins de jeux, les demandes d’attention, les pipis, les cacas, les envies d’espace, les envies de câlins, les contrariétés, et ben, non, tout ça n’arrive pas en même temps, alors c’est évident, pour moi, qu’un deuxième enfant change tout! Tout le quotidien, l’organisation, l’énergie dépensée, l’amour décuplé, la vision du monde, les possibilités.

Et puis la Granule et son grand frère sont bien différents, ils n’ont pas besoin des même choses, je dois apporter à chacun des attentions bien particulières et les relations que je crée avec eux ont leur propre carte d’identité.

Alors, j’ai envie de conclure en répondant que si! bien sûr que si, un deuxième ça change tout!
En tout cas, chez nous ça a tout chamboulé. Tout s’est agrandit, mes cernes comme mon coeur.