Archives du mot-clé liberté

Faire voler les rideaux

J’adore ces moments de fun, quand mes enfants s’éclatent avec peu de choses dans un esprit de totale liberté (en gardant un contexte de sécurité évidemment). Je sais que ça n’amuse pas tous les parents. On nous fait parfois la remarque « mais tu les laisse jouer avec ça? » « attention, il grimpe sur ton canapé! » « elle en profite ici parce qu’elle sait qu’elle n’a pas le droit à la maison ».

IMG_43981.jpg

Nous laissons nos enfants faire les singes sur notre canapé. Nous les laissons jouer dans l’évier de la cuisine. Ils peuvent patauger dans les flaques de boues dehors. Nous laissons les matelas pliables des invités à disposition des enfants pour qu’ils s’en servent comme matelas de motricité. Ils ont le droit de sauter sur notre lit. Ils peuvent prendre les draps et faire une cabane avec l’étendoir. Ils peuvent faire des bulles dans la maison ou lancer des confettis. Ils peuvent amener leurs jouets dans le salon. Ils peuvent dérouler une pelote de laine toute entière. Nous les laissons déplacer toutes nos chaises de cuisine partout dans la maison pour qu’ils s’amusent à passer de l’une à l’autre. Ils peuvent mettre au sol tous nos oreillers et couettes pour faire une « montagne de moelleux ». Ils ont le droit de démolir nos tas de livres pour les éparpiller partout. Ils peuvent jouer derrière les rideaux et les faire voler comme s’ils étaient en plein ouragan.

Ca met un sacré bazar qu’il faut ranger ensuite, c’est pas de la tarte. Je comprends aussi tellement les parents qui n’aiment pas ça, qui souhaitent que l’enfant ne dérange que sa zone personnelle sans tâcher le canapé ou les rideaux, sans risquer de casser les lattes du lit ou faire tomber la tringle des rideaux et j’avoue que parfois, j’ai hâte de retrouver mon décor d’adulte, net et rangé. Mais voilà:
S‘ils ne le font pas maintenant, s’ils n’ont pas droit à cette folie, quand le feront ils? Quand ils seront adultes?

J’adore, alors être spectatrice. Je me mets dans un coin, mon appareil photo dans les mains, j’ouvre grand mes yeux et mon sourire et je savoure. Je les regarde faire les fous, danser, chanter, grimper. Je ne vois pas le désordre, je ne voix qu’eux et leur folle gaieté.

Que c’est terne un adulte. Son aigreur le rend si malheureux. Je veux des enfants joyeux, fous, sans bride. Je veux qu’ils adorent la vie et que ça brille tout le temps dans leurs yeux. Et j’aimerais, sans déconner, qu’ils gardent ça le plus longtemps possible, pour, pourquoi pas, garder cette ferveur une fois adulte.

Je nous vois dans les rues, nous sommes la famille qui fait du bruit, celle où le père n’hésite pas à faire le guignol pour faire marrer ses enfants, même en pleine rue et même s’il faut grimper sur une fontaine pour ça. Je suis la maman qui fait la course avec son fils pour arriver la première au lampadaire et qui crie comme un singe pour entendre le rire de son fils qui lui répond.

J’aime cette idée, bouffer la vie, s’en mettre plein la bouche et pisser de rire tellement on en a partout. Je crois que j’aime le rire plus que tout, c’est un plaisir d’une intensité incroyable. Couple ça à l’émerveillement et je crois que l’on atteint le bonheur ou pas loin. « Mamaaaaaaaan, regarde l’arc en cieeeeeeeeeel!!!!!! Ouaaaahh!! » « Hé, maman maman, regarde, j’arrive à grimper sur trois coussins, je vais bientôt toucher le plafond!!!! ».

IMG_42081

Les enfants ont besoin d’exprimer leur énergie dingue, faire le poirier, rouler, grimper, crier, lancer, je suis convaincue qu’il faut répondre à ce besoin primordial. Un enfant ne peut pas rester longtemps calme et immobile sans que cela ne lui demande beaucoup d’énergie pour se contenir de façon néfaste pour l’organisme. Je ne veux pas que leur maison soit un lieu avec des interdits superflus. Quand ils sont chez eux je veux qu’ils se sentent libres d’être to-ta-le-ment eux même et qu’ils puissent ici répondre à leurs besoins d’enfants.

Voilà ce que je me suis dis il y a maintenant très longtemps:
Qu’est ce qui est le plus important pour toi, profondément important: une maison avec des barrières invisibles partout pour garder un maximum de vases et de beaux tissus bien rangés, ou voir tes enfants s’épanouir en leur laissant la liberté dont ils ont tant besoin pour apprendre et pour aimer la vie follement?

C’est beau la ferveur enfantine, ne la canalisons pas, ne la bridons pas, c’est si précieux. J’aime leur offrir de la liberté, suffisamment d’espace pour que leur joie ne se sente pas à l’étroit. J’ouvre grand mon cocon, j’ouvre très grand mes yeux et je laisse s’exprimer leur corps, leur créativité, leur folie.

La folie est salvatrice, la joie farfelue est peut être la plus agréable façon de traverser la vie.
« Pour les fous, c’est les autres qui sont fous ».

 

Publicités

Je m’arrache du courant

Il y a quelque chose que mes proches ont constaté depuis un moment. Je dévie lentement mon chemin du leur. C’est pas grand chose et il y a bien plus décalés que moi mais tout de même, le peu de liberté que je m’accorde les chagrine parfois.

L’indice révélateur

Ca a commencé vers 13 ans, lorsque j’ai annoncé à ma famille de carnassiers que je ne mangerai plus d’animaux. Je vais te dire le plus saoulant, c’est que 20 ans plus tard, on me taquine (on me critique) encore beaucoup avec ça, « Mais pourquoi tu manges pas de poissons non plus? » « Tu sais qu’il y a des études qui montrent que… » « Mais du coup tu manges rien aux repas! ». Je ne mange pas de poissons pour em**rder les gens qui m’invitent chez eux pour un repas. Il y a des études bidons oui c’est sûr. Je ne mange rien à la place, je broute de la salade et c’est tout puisque la viande constitue visiblement l’ingrédient principal des repas, non?.
« Bon, remettez vous, et surtout on va pas échanger nos points de vues jusqu’à notre mort, on va se répéter un peu sinon ».

Pourtant, depuis mon berceau, je suis l’enfant typique qui est sage et obéissante. J’ai toujours suivi les règles, les devoirs et franchement, en dehors de ce « détail » alimentaire, c’était clairement le cas. Très silencieuse, j’avais, c’est sûr, peur de ne pas être aimée par mes parents et les autres, alors je faisais en sorte qu’on ne me remarque pas. Dans le rang, en silence.

pexels-photo-298723.jpeg

La rébellion, la révélation

Et puis… je suis devenue maman et là s’est révélée en moi la Cendra rebelle mais, plus que rebelle c’était surtout la Cendra réelle qui avait ses propres idées. Ca a mis du temps et ça en met encore, faut pas croire mais bondieu que c’est lent de modifier son cerveau et ses automatismes. Alors je bosse encore pour détruire ce satané message erroné « Cendra, sois sage et tais toi, fais ce qu’on te dit, on sait mieux que toi et surtout, tu dois suivre nos lois si tu veux qu’on t’aime ».

Avec le temps j’y arrive doucement. Je fais de moins en moins mes devoirs. Et, surtout je m’écoute de plus en plus. Il y a des principes de vie qui me sont devenus essentiels, au point de passer avant, bien avant, ma peur du jugement des autres. Je suis devenue prête à les affronter, même si ça doit se faire en tremblant un peu.

La fissure s’est élargie significativement lorsque, devenue mère de la Globule, j’ai cessé d’écouter les autres parents (et non parents) et j’ai totalement fait une croix au marqueur sur les principes d’éducation traditionnelle basée sur la peur, les menaces et la violence éducative ordinaire. Très nettement, mes proches étaient (et le sont encore beaucoup) médusés par notre façon de faire. Je les comprends puisque je pensais comme eux avant, alors je ne les juge pas. Cela ne m’empêche pas de défendre mes idées et de ne pas me laisser critiquée.
C’est évident, bien sûr que ça déstabilise et il est certain que voir sa soeur/fille/nièce/etc, prendre le large et ne plus être en accord avec les lois familiales, cela touche, peut être que ça donne même l’impression d’être trahi.

Mais là, très clairement, avoir un enfant m’avait fait repenser à mon enfance. J’ai revu la petite Cendra muette et bondieu, elle s’est mise à hurler en dedans. Je suis entrée dans une période de rejet complet. J’ai eu comme de grandes montées de colère contre mes parents et plus largement ma famille. Ma vision des choses passées étaient devenue noire, au point de me dire que tout avait été mal fait dans mon enfance. Je n’avais plus envie de voir ni de discuter avec mes proches, j’étais fermée à eux. Ce qu’ils pensaient, leurs idées, tout ça me paraissaient mauvais, loin de moi et pleins de jugement. J’ai compris rapidement que cette phase était normale et salutaire. Pour la suite, pour révéler mon identité. Pour me libérer des lois familiales, il fallait que je jette tout très loin pour y voir plus clair et me laisser aussi surtout, le droit de réécrire mes lois. Un peu comme lorsqu’on détruit un bâtiment, mais qu’ensuite on revient sur les lieux pour y récupérer quelques pierres qui pourraient servir.

L’apaisement

Doucement, ça s’est fait. Cette assiette pleine que j’avais repoussée si loin, je me suis surprise à venir y picorer quelques morceaux. C’est assez récent et loin d’être encore totalement apaisé. Alors qu’il y a peu, mes souvenirs du passé n’étaient que mauvais, j’entrevois maintenant un sacré paquet de bons moments et de positif. C’est fou, l’esprit, il voit que ce qu’il veut bien voir. C’est dingo, comme quoi. La réalité n’existe pas ou bien alors, nous ne la possédons pas. Avant, je ne me souvenais que des yeux détournés, ces yeux que je ne voyais pas, des insultes, du sang, des cris, des interdits, du mépris, de l’ignorance, de la violence, de la négligence, de la solitude, du silence, des non-dits. Maintenant, je n’ai pas oublié mais, à tout ça ce sont couplés des émotions opposées, de la présence, des caresses, de la liberté, des rires, des jeux, des échanges, de la complicité, de la bienveillance. Un peu de pile, un peu de face, on colle tout ça, et je crois que la maquette tient debout.
La mort de mon père, cette mort que je ne comprends pas, m’a apporté beaucoup. C’est lui, en partant qui m’a donné une autre pelle pour creuser encore et, avec cet entrain positif que je travaille maintenant depuis un moment, j’ai pu découvrir qu’il y a, sous ce tas de sable, pas mal d’amour. C’est tellement stupide et irrationnel de cacher notre amour pour nos proches, c’est une perte de temps et de positif. J’ai du mal à comprendre pourquoi, quel est donc ce foutu risque que l’on craint lorsqu’on dévoile nos émotions et sentiment. Il y avait de l’amour dans les actes très maladroits de mes parents. Je l’ai compris maintenant.

grass-1841510_1920

 

Lever la tête

C’est ainsi que j’ai continuer à avancer dans mes démarches intérieures. Et j’ai donc continué mes choix avec le menton un peu plus haut.

On se décale d’avantage encore des habitudes familiales. Nous mangeons bio au maximum, nous cherchons au maximum des produits sains et nous faisons la chasse au Mauvais. Du coup, je fais moi même un maximum de produits ménagers et nous n’avons ni wifi, ni tablette, ni smartphone. Evidemment on est très loin du zéro-toxique, et pourtant cela suffit pour être considérés un peu comme des gens étranges dans notre entourage.

Le coup de grâce? Retirer notre enfant du système scolaire. Je crois que là, on nous a mis directement dans la case « hurluberlus bobo marginaux ». Pourtant il y a mille fois plus excentriques ou décalés que nous, largement!
A la différence d’il y a longtemps, c’est que maintenant j’arrive bien plus à assumer mes choix et à me détacher du jugement des autres. C’est un travail qui progresse disons. Ce regard-juge pèse beaucoup, mais il ne régit plus mes choix, c’est ça la différence.

Tout ces choix, ces détails sont surtout ici comme autant d’indices de mon grand pas de côté. Il y a ma famille sur une grande route là, bien définie, leurs lois, leurs devoirs, leurs limites manichéennes très précises. Dans ce flot rapide, j’y suis restée longtemps, j’essayais de me tenir au bord parfois, mais le courant tu sais, il est vachement fort. Et puis maintenant j’ai creusé mon mini sillon sur le côté. Il y a un chemin qui part ailleurs, il est minuscule, tout biscornu parfois et il est alimenté encore un peu par le grand flot familial mais il a maintenant son propre écosystème, toute une vie qui s’y développe.
Je veux bien, l’image est assez nullos, mais tu comprends l’idée j’en suis sûre.

T’as fait tes devoirs?

Y a un truc qui me chagrine depuis un moment, et chaque fois que ça me vient à la figure, je fais la grimace.

On nous demande, de façon implicite et de façon parfois très explicite, à chacun d’entre nous, de remplir nos devoirs d’humain civilisé. Tu crois pas que c’est stupide? Surtout si je te rappelle que, de toute manière, se casser les noyaux ou pas, on finira tous au même endroit.

Selon moi, il y a un seul réel « devoir » que la nature nous envoie en fond sonore. Sisi, si tu écoutes bien ton cerveau reptilien, et si tu penses à tous nos réflexes archaïques, tu entendras la seule demande qu’on te susurre: survis!

Voilà, l’instinct de survie, il faut se battre pour vivre quoiqu’il t’arrive. C’est tout. Point. Y a pas à tortiller, tous les autres devoirs qu’on te refourgue sur le dos ne sont que du leste supplémentaire et superflu, qui seront dépendants de ta culture/pays/famille/histoire/croyances, etc.
A la rigueur, tu pourrais me dire qu’il y a aussi le devoir de te reproduire pour perpétuer ton espèce. C’est pas faux. Mais c’est lié avec le fait de survivre en laissant tes gènes derrière toi. Et encore que, on arrive à se passer de ce devoir de reproduction à notre époque (la planète, la pauvre, elle a déjà du mal à nous supporter tous et la démographie va pas l’aider).

Alors voilà, moi j’en ai plein le dos des « devoirs » qu’on me rabâche. Parce que visiblement, d’après mes compères humains et mes proches, je DOIS:

– dresser mes enfants pour qu’ils soient soumis et sages
– aller voir ma famille régulièrement
– répondre au téléphone et être joignable quand messieurs dames le souhaitent
– voter
– m’occuper des membres de ma famille qui galèrent
– être une mère, mais aussi une femme, une salariée, une citoyenne, une soeur et une fille, et tout ça sans faire chier
– rester dans la norme sociale (bosser mais pas trop, mettre mes gosses à l’école, vivre dans un rythme convenable- métro-boulot-suppo-dodo-, manger de tout, etc)

Dis toi bien que j’en oublie. J’ai mis ceux qui me viennent à la figure le plus souvent. Et il est maintenant, pour moi, hors de question d’y répondre. Pour ma survie justement! Oui, je veux vivre, et pour ça il n’est plus acceptable pour moi de penser aux autres. Le dire comme ça paraît égoïste (j’ai un brouillon dans mes articles, tiens, dans lequel j’aimerais parler de ce qu’on nomme « l’égoïsme », parce que je suis convaincue que les gens seraient plus heureux s’ils pensaient plus à eux), mais c’est simplement le reflet d’une recherche de bien être. Je ne veux plus répondre aux demandes par devoir. C’est terminé, je n’appelle plus ma famille juste parce que « c’est la famille » et que je le dois. Je ne passe plus chez maman ou la marraine juste parce que « la famille c’est important », et qu’il faut se voir. Les devoirs familiaux et sociaux sont illégitimes. Si je vais voir quelqu’un c’est par envie, par plaisir. Si j’ai pas envie, je n’y vais pas.
Je ne parle pas ici des « devoirs » de respect ou législatifs (devoir ne pas faire de nuisances sonores la nuit, devoir payer les impôts), tout simplement parce qu’ils font appel à des principes de respect et de liberté de chacun, tout cela reste fondamental et/ou obligatoire dans notre monde civilisé.

birds-high-fly-flying-migrating-62667

Tous ces devoirs divers qu’on nous demande d’accomplir, sont insensés, stupides et illégitimes. Je vous rappelle qu’on finira tous par claquer, alors les devoirs, mettez les au grenier, on a pas que ça à faire de la vie qui nous reste.

Si je contrarie quelqu’un en ne répondant pas au téléphone, ou en ne souhaitant pas la visiter par exemple, c’est dommage mais ça restera son problème. J’aime les gens, j’aime ma famille et j’aime partager des moments agréables avec les autres, et, pour cela, je ne le fais que lorsque j’en ai envie, c’est tout bête. Tu préfères que quelqu’un vienne te voir par devoir ou par plaisir? Alors voilà, laisse lui la liberté d’avoir envie.

Je me débarrasse de ce poids qu’on me met, j’ai décidé de ne plus le porter. C’est votre fardeau, moi j’ai décidé de ne répondre qu’à mon instinct de survie. Je vis, je file, et tant pis si ça brise quelques cordes.
Maitresse, j’ai pas fait mes devoirs!