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La petite qui se prenait pour une grande

On commence par une anecdote, tu vas voir, c’est pas pour rien:

Petite par le nombre

J’étais au collège, en 4ème, l’année du début de mon plongeon vers le désespoir d’écolière. Cette année là, dans cette classe, je ne connaissais quasiment personne. Il y avait quelques filles avec qui je rigolais parfois, de façon ponctuelle sans être intégrée à leur groupe. Ce jour là, nous sommes en cours de français. Je suis, bien sûr, assise seule à mon bureau et ces filles dont je te parle sont assises juste derrière moi. La prof propose un atelier (dont je ne me souviens plus le thème) à faire avec je ne sais plus quel adulte. Je suis perdue, dois-je lever la main pour en faire partie ou pas? Je vois que les filles derrière moi lèvent la main. Et là, par un appel instinctif de survie qui consiste à chercher l’intégration d’un groupe, je commence à lever la main, me disant qu’il faut que je fasse comme elles. Je les entends alors, derrière moi rigoler entre elles « regarde Cendra, pfff, elle fait comme nous, elle croit qu’elle va être notre copine ou quoi ». J’ai donc rebaisser ma main dans l’instant.
Cette anecdote, pas très incroyable, est représentative de ce besoin puissant de faire parti d’un groupe. Mais cette tentative pourrie était pourrie parce que:
1/ ça n’a pas fonctionné, on intègre pas quelqu’un à un groupe par pitié
2/ ça ne me correspondait pas du tout. Dans l’absolu moi je ne voulais pas participer à cet atelier et en plus, être intégrée à ce groupe de filles ne m’aurait pas fait du bien, j’étais en totale décalage dans ma façon d’être et de penser par rapport à elles, cela ne m’aurait donc pas apporter de bénéfices.

C’est ainsi que je navigue dans ma vie, entre mon fort besoin de solitude et d’individualité, face à ce besoin parfois irrépressible, instinctif, archaïque, automatique, non volontaire, de faire parti d’un groupe.

Dans l’absolu, si j’exclus ce besoin d’appartenance, moi, je suis bien avec moi même. Seule, j’veux dire. Ca me va assez bien. D’ailleurs mes réseaux sociaux sont à l’image de ma vie sociale, tu peux voir mon Facebook ou mon Instagram avec des communautés restreintes. j’ai besoin de contacts sociaux et j’adore échanger avec mes compères, j’adore les échanges de qualité, mais faire partie d’un groupe, être intégrée à la masse, ça ne m’intéresse pas spécialement. J’arriverais à m’en passer si ce besoin instinctif ne venait pas m’emmerder.

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Petite par la taille

J’ai toujours été petite. Une petite fille, une petite femme. « Menue » comme on me disait, frêle, légère, presqu’une brindille dans la savane. On m’appelait « la p’tite Cendra ». Ma taille induisait un comportement des autres bien spécifique, on me bousculait sans le faire exprès, on ne me voyait pas, on m’oubliait. J’ai eu beaucoup de têtes retournées sur moi, étonnées de me voir là, en bas, sous leurs aisselles, répondant ainsi par un « pardon, je t’avais pas vu« .

Je n’ai jamais remarqué ma petite taille, jusqu’à ce que les autres me la fasse remarquer. Normal tu me diras, j’ai ce corps depuis ma naissance, et je n’y voyais pas d’anormalité, je voyais le monde à la hauteur de mes yeux, comme les autres finalement. Et au bout de plusieurs dizaines de remarques, tu commences à intégrer et à remarquer que « ah oui, je suis un peu petite », c’est vrai. J’étais donc la « petite Cendra ». Et une petite c’est mignon, c’est gentil, c’est sage et silencieux. Ca prend pas beaucoup de place quoi. Et ça, ça m’a toujours bien fait chier.

Grande par l’esprit

J’ai toujours gardé pour moi mes idées, mes points de vues, mes opinions. Tout simplement parce que j’estimais que les gens n’y adhèreraient pas.
Il y a une distinction importante : j’ai toujours eu une certaine forme d’estime de moi, c’est à dire que j’ai toujours pensé que mes idées, mes valeurs, ma personne, valaient le coup, que ce que je pensais, ma vision des choses étaient bonne, pas conne, bien pensée et valable. Mais, (et c’est là que la nuance est importante), j’ai toujours pensé que mes idées ne plairaient pas aux autres. Vois tu la subtilité? Je n’ai jamais pensé que mes idées étaient nulles et que c’était pour ça que je les gardais pour moi, non, c’est parce que je sentais, implicitement, que c’était les autres qui n’y adhèreraient pas,, probablement par peur du rejet, ou un truc du genre, mais aussi parce qu’il y a toujours eu ce décalage étrange entre moi et les Autres.
Tu trouveras donc logique que je n’ai jamais aimé le travail d’équipe, ou alors, simplement en me mettant en condition intérieure pour que j’accepte que là, j’allais faire un peu l’impasse sur mes idées et laisser les autres « dire » et « faire ». J’ai toujours eu horreur des groupes de TP, les groupes pour faire des exposés communs, des trucs à la noix où personne n’a pu exprimer pleinement son talent. Je suis assez solitaire dans la création, la conceptualisation et la réalisation des choses. Au travail, je n’ai pas de soucis pour  bosser avec les autres, et je propose mes idées lorsque la confiance est là, mais globalement, je savoure, j’overkiffe et je jouis lors de tout travail solitaire. Parce qu’une idée, une création qui émerge dans la tête de quelqu’un, ce génie, ce talent, cette naissance conceptuelle, elle ne vient que d’une seule tête, d’un créateur et si on veut la voir entière, cette création, faut pas la faire s’user, se faire tailler par la tête d’autres personnes. C’est ainsi que je ressens les choses.

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Grande par l’ambition

Et mes idées, mes envies, mes ambitions, débordaient malgré ma rétention cérébrale. J’ai très tôt vu grand. Pas par l’argent, ou les richesses, ou le statut, mais grand dans les projets qui me plaisaient à moi et dans leurs difficultés. Après avoir abandonné mon rêve de devenir magicienne (une vraie avec de vrais pouvoirs), j’ai tout mis dans mon envie de devenir zoologue, qui s’est transformé en projet d’école vétérinaire.
Tout le monde m’a freiné, bien entendu, vétérinaire c’est pour une élite !
J’ai foncé quand même et j’ai réalisé beaucoup de boulot. Je ne suis pas devenue véto, mais j’ai bel et bien bossé dans le milieu vétérinaire, et j’ai foncé, c’est ça que je retiens.

Aujourd’hui c’est pareil, dans ma vie de femme et de mère, je n’ai jamais senti ma place comme une « petite place ». Je ne rêve pas de statut social incroyable ou de reconnaissance particulière, quand on vise ça, il me semble que c’est lié à un besoin de valorisation, la recherche d’un manque. Je n’ai jamais accepté la minuscule place qu’on m’avait attribuée, là, en bas, dans un petit coin, sagement docile et discrète.
Maintenant, j’ouvre ma bouche, je gueule et – bondieu que ça fait du bien – j’exprime mes besoins, mes envies et mes émotions.
En tant qu’humaine et en tant que femme et mère, j’avance, j’ai toujours eu se sentiment qu’il était bon, pour moi, de positiver malgré mon pessimisme. C’est ça, je n’ai jamais voulu me laisser ensevelir par ma tendance toujours présente de pessimisme, d’anxiété et de dépression. Ces fragilités là, je les vois bien, elles sont là devant mon pif, faut être honnête, mais, une force, une grandeur ou je ne sais quelle machin intérieur, me pousse à m’en sortir, à m’en tirer, à ne pas tomber au fond, un truc qui m’a toujours fait éviter les excès, qui me tire vers le positif. Parce que, merde, vivre toute une vie en la voyant négativement et en se lamentant, c’est sacrément pas super folichon, à quoi bon vivre toute une vie comme ça, y a un moment où le clap de fin retentit et on aura vécu que de façon morose?

J’ai donc mille projets, mille envies. J’ai envie de réaliser mille choses. Et dans les quelques projets dans lesquels je me suis lancée, il y a cette sensation d’inhibition qui rejaillit souvent. Ces messages intérieurs qui me font croire que je ne suis « pas assez ». Pas assez grande ! Pas assez légitime, pas assez compétente et que finalement, on ne me prendra pas au sérieux. « Hé, c’est bon, ta lubie là, tu l’oublies, c’était marrant mais maintenant va te ranger à nouveau dans ta petite place ».

Et pourtant non, je ne retournerai pas dans ma petite place. Je connais mes capacités, et mes forces. Je les ai constatées mille fois. Gérer un service, une équipe, du travail colossal, des partenariats, tout ça tout ça. J’ai les bras frêles, la tête qui tourne rapidement, l’hypotension qui frôle chacune de mes fortes émotions. De visu, comme ça, je parait fragile et quelque part, je le suis, fragile. Mais, mon mental, et les projets qui animent ma personne, tournés vers ma personne, mon noyau, sont, pour moi des forces qu’on imagine sans doute pas dans un corps d’1m55.

Mais 1m55 de positivité, c’est pas si petit que ça, finalement.

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