Les valeurs qui passent avant les enfants

Chacun de nous est un individu unique (sauf s’il y a plusieurs personnes dans ta tête), on a donc tous une vision du monde unique et singulière, du coup, on a tous des valeurs, des modes de vies et des choix qui nous sont personnels. Quelque soient ces valeurs, elles n’appartiennent qu’à toi.

Si tu connais le milieu de la parentalité tendance, tu auras vite appris quelles valeurs sont souvent prônées, de belles pratiques qui respectent le développement naturel de l’enfant, qui respecte ses besoins, qui respectent la planète, qui respecte l’éthique, etc.

DME, portage, allaitement, HNI, cododo, motricité libre, jouets en bois éthiques, et puis on peut élargir jusqu’au minimalisme, zéro déchet et véganisme, et probablement d’autres que je n’ai pas cité !

Toutes ces valeurs, moi elle me parlent, c’est quelque chose qui résonne en moi, ce sont des valeurs, des modes de vie vers lesquelles moi je cherche à tendre, et on s’en fiche pourquoi et pour quelles raisons, ça me regarde. Ca me regarde MOI.

Là, où ça commence à coincer pour moi c’est quand les valeurs d’une personne s’impose aux autres sous prétexte que ce sont de meilleures valeurs.

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Mes enfants, est ce qu’ils sont ok avec ça? est ce que pour eux, le véganisme c’est forcément obligatoirement le top? est ce que les jouets en bois ça les fait rire plus que les jouets en plastique qui font des bruits? est ce qu’ils ont envie d’être portés ou peut être que c’est plus marrant pour eux d’être poussés dans une poussette qui roule ! Est ce qu’ils ont le droit de ne vouloir que de la compote malgré leurs dents qui poussent ?

Bien sûr, on peut me dire que oui, bien sûr ! oui, bien sûr qu’ils ont le droit d’avoir et de développer d’autres valeurs que les miennes. Ben voilà, c’est là que prend fin cet article.

Nan, je déc’.

Parfois je vois des mamans (oui, j’ai pas encore vu de papas s’inquiéter comme une maman, même s’il y a des exceptions, tout ça), qui sont un peu perdues, inquiètes même, et ne comprennent pas pourquoi leur enfant n’adhère pas à leurs valeurs pourtant proches de leurs besois, que leur bébé ne souhaite plus être porté par exemple. Pire, qu’il demande à être dans une poussette ! (mais la poussette c’est mal, les écharpes c’est bien, prends note). Ou des enfants qui veulent jouer avec du Fisher Price (FP c’est mal, les jouets Grimm’s c’est bien, note moi ça aussi).

Quand nos valeurs,  l’image idéale de notre foyer est entachée par les valeurs des autres ou par les envies de nos enfants, ça salit un peu le tableau. On espère que ce n’est qu’une passade et que l’enfant comprendra vite que la poussette c’est pas bien, que les jouets en bois développent leur imaginaire et ne détruisent pas la planète ou que manger des animaux ça fait souffrir.

Or, ce n’est peut être pas une passade. Bien sûr, la poussette pour un nouveau-né c’est clairement pas en accord avec ses besoins et c’est ce que j’appelle un substitut compensatoire (un truc qui remplace un autre truc qui était à la base fait pour, ici les bras de maman). Mais, quand le bébé grandit, si la demande vient de lui ?

Je ne remets pas en cause l’idée que « de toute manière, quelque soit nos choix de vie, on influence toujours l’enfant quelque part, l’environnement qu’on a crée autour de lui a un impact sur lui ». C’est vrai. Quelque soit nos choix, ils sont forcément vus par l’enfant et si on ne lui achète jamais de jouets en plastique il n’en verra pas dans sa maison.

Mais, le monde (malheureusement ou heureusement) ne s’arrête pas à la maison, et l’enfant va sans aucun doute voir d’autres choses, d’autre choix, d’autres façons de faire et peut être que cela lui donnera envie. Alors on lui interdit ? parce que c’est « mal » selon nous ?
Je ne parle pas de dangers, de sécurité ou de respect des autres. Je parle de valeurs et de choix de vie qui sont toujours, personnelles.

Le bien et le mal, c’est, très personnellement, un concept auquel je n’adhère pas beaucoup.

Mon rêve merveilleux, entouré de cui-cui et d’arc-en-ciel, ce serait:
de faire tous mes plats maison, d’avoir une maison nickel chrome, minimaliste, de n’avoir que de superbes et chers jouets en bois, d’avoir une déco au poil, de ne manger que des choses éthiques, de n’avoir que des vêtements éthiques et de belle qualité, de voir mes enfants jouer toute la journée avec des bâtons et des cailloux, de sortir dehors 6h par jour, de les voir jouer avec des tas d’enfants toute la semaine, de faire des randonnées hebdomadaires, de ne jamais crier, d’avoir un jardin taillé au poil, d’être ultra ouverte et de recevoir des gens chez moi toute la semaine, de n’avoir aucun matériau ou produit toxique chez moi, de ne pas avoir d’écran, d’allaiter jusqu’au sevrage naturel, de faire du cododo jusqu’à ce que mes enfants n’en aient plus besoin, de voir mes enfants dessiner et faire des puzzles pendant des heures (quand ils ne jouent pas avec des bâtons).

Ca, c’est MON rêve. Pas celui de mes enfants, ni d’un autre être humain.

C’est là qu’est la limite de toutes ces valeurs prônées comme idéales et bienfaisantes pour les enfants. Parce qu’à la base, oui c’est vrai, le cododo, le portage, et tout le package, c’est l’idéal, SAUF, si l’enfant qui grandit demande autre chose.

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Je vois ça comme ça (c’est ma vision, unique et singulière encore ici) :
On crée un environnement autour de notre nouveau-né, cet environnement répond à nos valeurs et doit se rapprocher le plus possible des besoins du nouveau-né, pour cela il faut avoir une parentalité consciente, éclairée et instinctive. On adapte l’environnement au fur et à mesure que le bébé grandit et on lui propose, forcément, de par le fait, des objets, un contexte, des interactions choisis par nous. Mais, bébé grandit, et il va développer son propre esprit critique, sa propre vision des choses, tout aussi singulière que la notre. C’est là que vont se confronter nos valeurs, nos choix avec ceux que veut faire bébé qui grandit. Et, lorsqu’on choisi d’avoir une parentalité consciente, éclairée et instinctive, dite respectueuse de l’enfant, nos choix, aussi beaux nous semblent ils ne sont pas plus importants que les choix de notre enfant qui grandit. Je crois que c’est sacrément important ça.

Un enfant qui préfère qu’on lui achète un jouet électronique en plastique on lui dit quoi? « oui, mais non, c’est mal, ça va dézinguer toute la déco de ta chambre, c’est moche, et c’est mauvais pour la planète ». On entre doucement dans la manipulation ici et l’enfant risque de se sentir lésé « j’ai des gouts de merde, je ne peux rien décider, moi je sais pas, maman elle sait ».

On est là clairement dans l’adultisme (aïe, ce mot te pique les yeux? je t’invite à t’y habituer, tu le verras de plus en plus dans nos contrées, comme ce fut le cas pour d’autres mots avant,  « féminisme » « égalité », tout ça) ou de la VEO (violence éducative ordinaire) si tu préfères.

Du coup, ma maison n’est pas faite que d’objets en bois, et je ne porte plus mes enfants en écharpe depuis des lustres, et mon foyer ne ressemble pas trop au tableau idyllique que j’ai décris plus haut, parce que, respecter l’enfant c’est respecter ses choix et ses explorations. C’est me dire que les jouets en bois (décidément, je fais une fixette dessus !) c’est beau, c’est écolo, mais que ça ne passe pas avant mes enfants et leur droit d’être eux même. Et qu’en fait, les obliger à choisir un jouet en bois plutôt que le super héro en plastique qui fait du bruit, c’est tout simplement pas juste.

Ne prônons pas la « bienveillance » par des pratiques dites « bienveillantes » tout en les imposant. Dès qu’on impose (hors sécurité et respect des autres) on manipule et on efface l’autre. Sous couvert de pratiques dites « respectueuses de l’enfant et de la planète », on peut parfois dériver vers un profond non respect de l’enfant. La « bienveillance » peut cacher son parfait inverse.

Vivre de façon éthique, oui, mais l’imposer n’est déjà plus éthique. Selon moi et ma vision unique et singulière, n’est ce pas.

3 réflexions au sujet de « Les valeurs qui passent avant les enfants »

  1. Maman Nouille

    Parce qu’au fond nos enfants ne sont pas les enfants fantasmés que nous avions (comme nous ne sommes pas la mère fantasmée ) et que la réalité est parfois différente. Si ça peut te consoler, mes enfants ont une passion pour les jeux en plastiques moches, tant pis pour mon feed instagram. Depuis qu’il est à l’école, mon fils adore des héros pas très design et ne voudrait que s’habiller en Tshirt Pat patrouille. Bon, ben voilà, c’est comme ça. Je pense qu’il a bien le droit si ça lui fait plaisir puisqu’il n’y a pas de mal. Notre rôle est de s’assurer qu’ils soient suffisamment couverts et que les jouets soient sécurisés, pour le reste c’est plutôt une bonne chose de respecter leur liberté.

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