La pelouse des piscines

J’aime bien ça moi, les pelouses posées là autour des piscines municipales. Tout comme les plages posées au bord des mers, mais je t’avoue que cet été, on se contente de la piscine.

Autant je me fais dessus quand je dois me retrouver seule au milieu du monde (je t’en parle de mon anxiété sociale assez souvent ou pas? t’inquiète, je te prépare un article rien que sur ce sujet), autant, la pelouse des piscines je m’y sens vraiment bien.

pelouse

J’ai remarqué que c’est un lieu, hors de l’espace-temps et ,disons, où l’on fout quelques convenances au vestiaire. C’est pas au guichet de la poste que tu verrais des gens presque à poil, exhiber leur chair et leur peau sans que cela ne soit choquant. A la piscine, c’est tout à fait banal et j’aime ça. Bien sûr, au guichet de la poste, on croisera personne faire comme s’ils étaient chez eux, pépères autour de leurs petites affaires, discutant du maillot qui se dénoue sans arrêt dans la flotte, et du sandwich que Tristan voudrait au jambon mais que sa soeur, Julie lui a pris pendant qu’il mangeait sa banane. Sur la pelouse des piscines, les gens sont un peu dans leur bulle, et ils s’y comportent un peu comme si le périmètre de leurs serviettes représentait leur chez eux. Ils sont un peu plus eux même qu’au guichet de la poste. Franchement j’aime ça. On a rangé nos vêtements dans nos casiers, et tant qu’on y était, on y a balancé aussi nos mutismes et l’oubli d’être nous même.

Alors tu vois, je demande parfois à mon homme d’aller seul avec les garçons se baigner parce que j’ai un peu trop froid, et je m’allonge sur le ventre, le menton sur les avant-bras, les yeux derrière les lunettes et je regarde les gens avec un grand sourire.

J’aime les gens, et j’aime surtout les regarder être eux. Quand la dame passe avec un petit garçon et qu’elle lui explique que c’était sympa de le voir faire du toboggan, moi ça me donne le sourire. Quand je vois une maman assise, les cheveux qui gouttent sur sa serviette decathlon en train d’allaiter sa petite, moi ça me rend bien.
On y voit l’échelle des générations. Les enfants qui grouillent de partout, les ados qui frémissent de partout sur leur corps, les parents assis devant leurs enfants qui grouillent et les personnes plus âgées qui, bizarrement, font un peu comme moi. J’observe ceux qui vivent, j’observe ceux qui observent. Y a de quoi faire, c’est que les piscines municipales, en plein été, c’est pas très vide. j’aime bien ça. Parce que je les regarde, mais j’ai l’impression qu’ils ne me voient pas. J’ai le super pouvoir d’invisibilité, et je me retrouve comme une petite souris qui espionnerait la vie des gens. J’aime bien ça les gens.

Tu vois, il faut pas grand chose pour pouvoir exposer nos corps légalement et être soi même (un peu plus que d’habitude) au milieu du monde. Il faut juste un petit guichet, un ticket d’entrée et c’est bon. Tu peux aussi rouler jusqu’à la plage, c’est pareil et c’est gratuit en plus.

Et j’ai souri vachement plus fort quand, sur la pelouse, j’ai vu cette petite fille, qui me ressemblait un peu, d’une dizaine d’années environ; elle était debout et elle faisait tourner sa serviette autour d’elle comme pour la faire voler. C’était moi y a 25 ans. Punaise 25 piges.

 

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