Ma première grossesse (la vraie première)

Ce n’est que très récemment que j’ai eu envie de venir parler de cet épisode de ma vie. Je crois que c’est parce qu’ici je suis essentiellement centrée sur mon fils et qu’il a réussi, en s’agrippant dans mon ventre, à sceller la blessure qui le précédait. Ma fausse couche.

Avant la Globule j’ai été enceinte. La toute première fois de ma vie. J’étais dans une ardente et furieuse envie de maternité. Alors, ce bâtonnet à double barre nous avait, moi et mon homme, transférés en un aller simple, sur un gros nuage blanc doux et moelleux.

J’ai connu cette sensation de plénitude, mon ventre était plein. Puis les premiers symptômes sont apparus. Naïve, toute jeunette sans expérience, j’ai foncé, droit dans mes projets. Bébé arriverait à telle période, ce sera parfait, on fera ça et comme ça et nickel.

J’ai eu ma première écho, j’ai vu un petit coeur clignoter. C’était mes toutes premières fois, c’est dire comme j’étais bouleversée, je suis sûre que tu t’imagines.

Nous avons annoncé la bonne nouvelle, elle a été accueillie à peu près partout avec une joie non feinte. Je touchais mon ventre régulièrement, et ce ventre un peu rond d’une collègue ne me faisait plus languir, le mien aussi était plein.

Quelques jours avant mes 29 ans, du marron est venu rendre sombre ma journée. Je suis allée voir ma gynéco. Une écho, un embryon, un coeur qui bat. Sa taille semblait indiquer une conception plus récente que je ne le pensais. C’est plus tard que j’ai compris que, déjà, cet indice disait tout. La conception je la connaissais très bien, je suivais mes cycles de près.
Elle a tenté de me rassurer: pertes débuts de grossesse courantes – pas s’inquiéter – à surveiller – si ça vire au rouge rappeler. Elle m’a fait un arrêt de travail d’une semaine.

Les pertes ne s’arrêtaient pas. Mon anniversaire est passé, un peu morose, un peu la tête ailleurs. Puis, le marron est devenu rose, puis rouge, rouge vif.
Ma mère m’accompagne aux urgences gynécologiques. On me balade de bureau en bureau. On me fait une échographie dans une pénombre et un silence qui pesaient trois tonnes. D’un bref regard, on m’annonce qu’on ne voit pas le coeur battre. Mais, le coeur battait! il battait il y a quelques jours sisi! Je regarde l’écran, je vois mon petit bébé immobile sur ce fond noir et blanc et je suis frappée par sa tête déjà si ronde et ses membres déjà si longs. La dame, me conseille de refaire une écho dans 48h, pour confirmer ou infirmer ce coeur qui ne battait plus.

Je rentre chez mois, et je continue de faire ce que je faisais déjà depuis 4 jours, je plonge dans mon canapé et je ne bouge plus. Et puis, les pertes se sont arrêtées pour laisser place à une hémorragie. Je me précipite aux toilettes, je saigne fort, très fort, je saigne du nez aussi. Mon corps émet une énergie qui me dépasse, je me sens désemparée de ma chair. Je perd mon premier bébé là, dans une cuvette blanche et froide. Il avait 6 semaines. Je continue de saigner fort, longtemps, seule dans ces toilettes silencieuses, les larmes rouges et le sang salé.

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Je retourne dans le salon et, durant plusieurs heures je vais subir des contractions, régulières et assez fortes. Mon homme rentrera, on se serrera fort.

Je retournerai ensuite voir ma gynéco qui confirmera que mon ventre est à nouveau vide, qu’il ne reste plus rien. Mon corps a bien bossé, un sacré bon nettoyeur, il a vidé mon ventre de la moindre parcelle de ce qui me faisait maman.

Tout s’effondre, les ça, et comme ça et on fera ça et ça, s’éteignent. Qu’est ce qu’on fait? un restau? un ciné? on fait l’amour?
La gynéco m’avait conseillé d’attendre deux cycles avant de retenter une grossesse. Il m’a fallut quelques heures de réflexion pour savoir que ça me serait impossible (furieuse envie de maternité, tout ça) et surtout, je sentais mon corps près. Il m’avait surpris, comme s’il avait repris les commandes, sans rien me demander, il avait fait son job, il l’avait très bien fait.

On part quelques jours en vacances. De belles journées, de bons moments, qui auront eu le mérite de me remplir de souvenirs mais pas celui de me changer vraiment les idées. On retente les essais, on se fait plaisir, le temps passe.

Au final, le temps n’a pas eu à beaucoup passer. Moins de trois semaines après ma fausse couche, j’étais à nouveau enceinte. La Globule avait décidé de venir se loger dans mon ventre. Il a éteint cette douleur,séché mes larmes et comblé mon manque. Depuis lui, je me sens pleine.

 

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4 réflexions au sujet de « Ma première grossesse (la vraie première) »

  1. Emilia

    Plus je lis ton blog et plus je nous trouve de points communs: celui n’est pas drôle. Je l’ai vécu aussi et nous, ca a eu raison de mon couple. trop de douleur et d’incompréhension. Comme pour toi il aura fallu attendre 2012 pour cicatriser avec l’arrivée de ma fille, en pleine forme et plain de cette vie qui m’avait été arrachée.

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