L’instant précis où mon âme de mère est venu m’habiter…

J’entendais souvent que l’instinct maternel venait d’un coup, parfois dès la naissance, et parfois il fallait plusieurs semaines. Me concernant je n’avais aucune idée de ce qui m’arriverait, tout ce que je savais c’est que, enceinte, j’étais « amoureuse » de cet état de grâce, que mon bébé à l’intérieur était dans ma chair et que je l’aimais déjà, sans même l’avoir vu.

Il est venu au monde, tout va tellement vite dans ces instants suspendus que je n’ai pas pris le temps de réaliser ni même de sonder mon coeur pour savoir si je me sentais liée à ce petit être. Je l’aimais et je me disais que c’était sans doute comme ça qu’on aimait son enfant.
Pourtant, le premier soir je n’ai fais que « subir » les suites d’un accouchement « classique » et lorsque la puéricultrice est venu le chercher pour l’emmener en pouponnière pour la première nuit, je n’ai pas réfléchis, je l’ai laissé faire. A ce moment là, être séparée de mon fils ne me tracassait pas. Je suivais le mouvement, en bonne novice que j’étais.
Le lendemain, la journée a défilé très vite, entre pleurs de bébé et les visites, la mise en place de l’allaitement, etc. Première journée enchainée, j’ai suivi le train, encore sans réfléchir.
Puis, mon fils a commencé a développé une petite jaunisse, tu sais, celle qui fait que ton petit bout doit passer des heures sous une lampe UV, seul. OK, il doit passer sous la lampe? Ben, pas de soucis je vous dis, moi je vous suis, c’est vous les pros.
Il a fallut s’y mettre à plusieurs reprises pour qu’il y reste sans hurler, ce n’était pas facile pour lui, alors, j’ai continué de faire confiance aux puéricultrices, j’ai accompagné la dame avec mon fils et je l’ai regardé l’installer sous la lampe. Elle avait des gestes doux, lents, une voix basse et un comportement si calme, c’était beau à voir. Mais, malgré ça mon fils ne se calmait pas et, posé sous la lampe, les yeux bandés il continuait de râler malgré la voix douce de la dame.

Et là… le ton de la puéricultrice a changé d’un coup et elle a déclaré « oh, tu es pénible« .

C’est là, à cet instant très précis, dans cette seconde là, que mon âme de mère est venu me remplir de haut en bas. Je n’ai pas supporté sa remarque, son jugement. Un déclenchement dans mon coeur m’a fait sursauter et m’a interpellé « hé, c’est de ton gosse qu’elle cause la dame, tu le vois là le petit bout de coeur, apeuré, que cette pourrie traite de pénible? ». J’ai eu mal à l’intérieur, cette puéricultrice que « j’admirais », je l’ai détesté.

A partir de cet instant précis, je me suis sentie envahie d’un sentiment d’appartenance, comme si mon fils devenait un prolongement de moi. Une vague d’amour et de douleurs m’a remplie toute entière.

A partir de cet instant précis, je n’ai plus lâché mon fils, je ne l’ai plus confié à une puéricultrice. C’était ma chair, mon enfant, j’ai ressenti cet amour maternel qui me disait « c’est à toi seule de t’en occuper, il n’a besoin que de toi, les autres ne savent pas« .

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Alors, je l’ai veillé, sous la lampe, assise sur le fauteuil à côté de lui, je n’ai plus laissé personne s’en approcher sans que je sois là. Et la nuit qui a suivi, contrairement aux deux précédentes, j’étais en manque de lui, parce qu’il a fallut continuer les séances d’UV même durant la nuit. Il m’était impossible de dormir, je n’attendais qu’une chose, qu’on me le ramène. Cette nuit, je n’ai pas dormi, j’ai fait des aller retour jusqu’à la chambre d’UV, le veillant et, je dois l’avouer, surveillant la fameuse puéricultrice qui était justement de garde. J’avais peur qu’elle s’approche de lui, cette méchante petite dame, qui s’était permise de juger mon fils de « pénible » à seulement 2 jours de vie.

C’est très étrange comme sentiment. Encore aujourd’hui je suis fascinée par ce processus d’amour maternel qui est venu se loger en moi de manière si vive.En une seule seconde tout était joué: mon fils était l’amour de ma vie, et je mourrai avec cette amour.

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3 réflexions au sujet de « L’instant précis où mon âme de mère est venu m’habiter… »

  1. matydittout

    C’est marrant finalement ce que tu décris est (je crois) une forme d’inquiétude. C’est impressionnant comme en devenant on apprend ce que signifie être inquiète. On ressent d’autant plus profondément la douleur, souffrance, nervosité de l’enfant qu’il est notre chair.
    C’est une responsabilité énorme, mais un cadeau encore bien plus grand.
    La maternité… Quelle joie!

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    1. Cendra Auteur de l’article

      C’est vrai maintenant que tu le dis! L’amour maternel se traduit par une inquiétude constante, c’est pour ça d’ailleurs que c’est un amour doucement douloureux, à la fois merveilleux et angoissant!

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