Se dépasser ou comment la parentalité écrabouille tes propres limites

Je ne soupçonnais pas, avant de passer de l’autre côté, à quel point mes limites allaient être chamboulées, massacrées, repoussées loin loin.

D’abord physiquement, avant tout physiquement. Déjà rien que par le fait de faire passer une pastèque par le trou d’une serrure pour donner naissance. Déjà là, tu sais que ton corps il a dit ciao à ses anciennes limites et qu’il te le prouvera chaque jour qui suivra.
J’ai eu la chance d’avoir un allaitement qui a roulé tout seul, fingers in ze nose, mais n’empêche que mon corps il m’a épaté, la montée de lait, l’augmentation du débit quand bébé en a besoin, tout ça, ça m’a assez surpris de voir comme mon corps s’est adapté.

Il y a ton dos, tes lombaires, qui un jour, quand tu seras plus vieille, te feront payer les kilos que tu leur a demandé de supporter durant des heures et ce, quelque soit l’âge et le poids du bambin. Encore aujourd’hui, il m’arrive fréquemment de porter la Globule durant de longs moments, pour l’apaiser,malgré ses plus de 13 kg. Une fois libérés, mes bras et m’ont dos sont assez contrariés, mais ils tiennent, jamais ne flanchent, jamais ne lâchent, ils sont en bois, en béton durant ses moments de réconforts intenses où la Globule a besoin d’un gros et long câlin, ou encore, lorsque tu sors au village, mais que le petit est crevé, j’ai due, plus d’une fois, faire appel à des forces supérieures. Entre le marmot dans le bras droit, et le colis récupéré au point relais, la baguette de pain et le sac à main dans le bras gauche. C’est sans doute comique à regarder, une petite femme d’1m55 chargée comme une mule, mais ça fonctionne, mon corps nous ramène tous les deux à la maison sans tomber.

Ton dos, mais aussi tes jambes, et tout le reste, sont mis à rudes épreuves également lors des distractions enfantines: le poussage de bambin assis sur un carton, les galipettes par terre ou sur le lit, les rondes, les sauts, les courses, les jeux de voitures, le cache-cache, le tour de magie de l’escalier qui descend derrière le canap’, les sauts dans les flaques, la balançoire, le quatre pattes dans le couloir, etc.

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Et puis il y a les nuits hachées, oui c’est bien le mot je trouve, ton sommeil il est haché menu, en miettes, ton épuisement augmente proportionnellement à tes cernes. Le manque de sommeil, c’est du lourd niveau torture. Là, il faut avoir un mental d’acier. Les nuits furent difficiles et le sont encore parfois, et, perso, me faire réveiller en plein sommeil paradoxale c’est comme un coup de massue dans le dedans de ma tête, je souffre, mais je souffre…
Les endormissements longs, on a connu que ça quasiment avec la Globule, y a un moment où c’est le mental qui fait tout. Tu sais pas comment, mais tu arrives à bercer ton bébé durant 2h entière, sans flancher, sans changer de rythme pratiquement. Le nombre de fois où tu te dis « ça y est, j’en peux plus, je vais lâcher », et, sans comprendre, 1h plus tard tu es toujours en train d’endormir le môme.

Le mental, tu vas en avoir besoin, pour toujours.
Quand il faut déposer la Globule à la crèche et que je n’ai qu’une envie: partir avec le môme en chialant et criant « nooooon, vous n’aurez pas mon bébé, on rentre à la maison!! ». Là, tu laisses le petit, dans les bras de la dame, tu ouvres un immense sourire et tu dis d’un ton doux et serein « à tout à l’heure mon chéri, je t’aime ». T’as tout retenu, dans tes tripes. Tu rentres dans ta voiture et tu chiales. Mais tu es une vaillante maintenant, tu ne l’as pas fait avant d’entrer dans la voiture, sois fière.
Quand tu es exténuée par les nuits hachées et courtes, et que le môme, lui même épuisé, se montre enclin à multiplier les crises de colères, là ton mental il en prend plein la poire, mais il ne flanche pas, ou si peu. Dans ces moments, toi tu n’aurais qu’une envie, hurler « y a moyen que tu la fermes!!! je suis nase, fous moi la paix, lâche moi la grappe ». Là, mon amour de maman associé au mental, me font prendre un grand bol d’air et laisser la crise passer.

Et puis il y a nos limites personnelles, intimes, liées à notre histoire, nos faiblesses. Elles nous habitent, souvent depuis longtemps, et nous retiennent comme des fils tendus sur notre chemin. Un enfant nous met devant ces fils. C’est le cas de l’anecdote du dépôt à la crèche, pour moi c’est un calvaire, je ne le fais que rarement, mais, chaque fois, je me dépasse.
Il y a aussi mon fort besoin de solitude, de silence et de moments à moi, qui font que, partager mon espace avec mon enfant, et ce, tous les jours 24/24, ça me fait me dépasser. Ton besoin de solitude se fait piétiner oui, mais il est remplacé par du partage charnel et maternel.
Et puis, il y a mon anxiété sociale, quelques phobies sociales, et pour mon fils, je les dépasse. Je sors de chez moi, je passe devant mes voisins, je leur dis bonjour d’un grand sourire, et on va au parc, s’amuser au milieu du monde. Mon fils m’a fait découvrir que j’en étais capable.

Je n’ai jamais autant dépasser mes limites que depuis que je suis maman. Je n’aurais jamais cru être capable de faire face à autant d’obstacles. Mon fils m’a donné des ailes, parfois elles manquent encore d’amplitude, mais il m’a fait m’envoler.

N’oublions pas toutefois, que des limites dépassées ne sont pas des limites disparues. La vie m’a fait apprendre, tout récemment d’ailleurs, que notre corps peut dire STOP quand il s’estime malmené. Toutefois, quand cela arrive c’est rarement dû au seul rôle de maman, mais plutôt au reste qui rend le rôle de maman plus difficile.

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