La VEO: Violence Educative Ordinaire

Je crois qu’il faut que j’aborde assez rapidement ce sujet, étant donné qu’il est un peu le fil conducteur de mon rôle de maman: la violence éducative ordinaire ou comment se donner tous les moyens pour pourrir l’Homme dès ses fondations.

Ca va paraître exagéré, extrême pour beaucoup de lecteurs, toi peut être par exemple, et ce sera normal comme première réaction, tout à fait compréhensible. Je le conçois parce que j’ai moi même trouvé cette idée (attends, je vais t’expliquer après) abusée.

Avant d’être maman et surtout avant de me pencher sur l’enfant que j’étais (et suis encore), j’estimais que l’éducation d’un enfant devait être ferme, dure mais avec amour bien sûr. L’opinion d’un enfant ne devait pas être prise en compte, elle n’avait aucun intérêt, l’enfant devait se taire et obéir. J’étais contre toute forme de violence de contact, même si bon, oh, une fessée c’est pas la fin du monde.

Et puis j’ai accouché, et puis un contexte familial a fait que j’ai fait une introspection de mon enfance, et de celles des gens qui m’entourent. J’ai constaté des choses qui ont accaparé mon esprit pendant des mois. J’ai lu des livres, j’ai observé.

Voilà mes constats:

–  Une très forte majorité (pour ne pas dire la quasi totalité) des gens possèdent des lacunes affectives, qui se caractérisent par un manque de confiance en soi, un manque d’estime de soi, de l’anxiété ou des phobies, ou tout autre forme de malaise interne, ce n’est pas ton cas? Petit veinard…
Mon questionnement: comment se fait il que l’humanité entière souffre de ce mal?
Ma réponse: je pense que le facteur prédominant responsable est l’éducation. Bien sûr il n’y a pas que ça, selon moi, tout le monde subit des traumatismes durant l’enfance, plus ou moins grands bien sûr, et ce malgré des parents aimants et non violents. Ces traumatismes peuvent venir de moultes sources, que ce soit par des actes que les parents n’ont pourtant pas jugés marquants mais qui le furent pour l’enfant, ou par des rencontres malveillantes (à l’école, dans la famille, les proches, etc). Je sais aussi que le malêtre intérieur dépend de la génétique de l’individu, induisant une physiologie propre (quelqu’un par exemple ayant une excrétion trop importante d’hormone du stress), mais aussi du caractère propre de l’individu, ce qui fait son unicité. Mais, je suis convaincue que c’est le rapport aux parents qui reste le facteur prédominant dans l’élévation ou non de l’estime de soi.

–  Une très forte majorité (pour ne pas dire la quasi totalité) des gens à qui l’on parle de leur éducation et de la VEO répondent qu’ils ont reçus des gifles et qu’ils n’en sont pas morts, que les punitions/gifles/cris sont normaux voyons, que leurs parents les frappaient pour leur bien et que sans VEO l’enfant serait pourri gâté.
Mon questionnement: pourquoi leurs réponses seraient différentes si on leur parlait de la violence sur une femme ou un animal ou, si on leur parlait de gifles ou hurlements sur un enfant de la part d’un adulte qui n’est pas son parent ? Pourquoi la violence même minime qu’ils ont subi leur paraît normal et même bonne pour eux?
Mes réponses: il faut se pencher sur l’histoire de l’humanité et sur la mémorisation cérébrale inconsciente. Depuis toujours l’éducation des rejetons s’est faite par « la peur » (peur des gifles, peur des punitions, peur du loup, peur du croquemitaine). L’enfant doit se sentir menacer et avoir peur, pour obéir et rester sage, c’est ainsi que l’on a « dressé » l’humain depuis toujours. Ce principe d’éducation s’est tout simplement transmis de génération en génération, de manière silencieuse à travers nos mécanismes de mimétismes, sans doute par certains gènes, dans lesquels s’y sont ancrés les principes de l’éducation par la peur comme quelque chose d’admis, normal, de tout temps, que c’est comme ça et puis c’est tout, arrête de réfléchir et fait comme on t’a appris point barre. De par ce constat, forcément alors tout le monde estime que leurs parents ont eu raison de les frapper. Mais, le cerveau ne peut admettre lui, que ses parents, ses piliers, ses protecteurs, lui fassent du mal. Que fait il alors? et bien il se dit que s’il est frappé c’est que c’est pour son bien puisque ça vient de ses parents qui l’aiment. Mais il n’est pas bête le cerveau, il enregistre quand même dans son coin, sans t’en faire part, toute cette violence, ces humiliations. Il fait avec, il essaie de te le cacher mais il se construit avec des lacunes, il fait des ponts, cherchent des détours, mais il restera des trous émotionnels.

main noir

On comprend de plus en plus de choses sur le fonctionnement de l’Homme, aujourd’hui énormément d’études scientifiques sur le cerveau démontrent quelque chose d’admis maintenant par les biologistes et de plus en plus de psychologues:

–  l’enfant qui fait des crises ne le fait pas pour emmerder le monde, il est immature cérébralement et n’est pas capable de se raisonner, il vit chaque colère, frustration et tristesse comme un tsunami émotionnel incontrôlable, qui pour lui est une douleur immense.
–  l’amour, le maternage et l’empathie favorise le développement du cerveau et notamment du néocortex qui est le siège du raisonnement, du contrôle des émotions et des relations sociales. La violence sous toutes ses formes, et répétée, induit un manque de croissance du néocortex.
Je peux te citer des dizaines d’études, je vais seulement te citer le livre qui m’a appris tant de choses sur le petit cerveau de nos enfants et celui des adultes: « Pour une enfance heureuse » de Catherine Gueguen. Je ne te dirais pas de courir l’acheter, non, vas y en marchant ça suffira. Je pense que je ferai un article rien que sur ce livre, pour expliquer la richesse qu’il contient au niveau des connaissances. Mieux encore, selon moi, je pense que tout le monde devrait savoir ce qu’explique ce livre.

C’est fou cette schizophrénie éducative, si ancrée dans la tête de tous les adultes. A la fois, on estime qu’un enfant est moins qu’un adulte, sa valeur est inférieure, que ses émotions et envies ne sont qu’à prendre en partie et qu’il doit donc obéir à celles de l’adulte. On estime qu’un enfant n’est pas suffisamment mature pour avoir le droit à la même importance qu’un adulte, OR, parallèlement, on estime qu’un enfant DOIT être assez mature pour être calme, obéissant, et aussi sage et réfléchis qu’un adulte. Vois cette contradiction, l’enfant est estimé immature mais on lui demande de se comporter comme un être mature… L’adulte est un idiot, il ne réfléchit plus. Alors on punit l’enfant, on le frappe, on lui hurle dessus. Il est suffisamment immature pour être maltraité de manière admise et légale, mais doit être mature pour obéir à la peur. Pourquoi aurions-nous le droit de frapper, punir ou humilier un enfant alors que tout ça est illégal sur un adulte ou un animal ? Réfléchis à la réponse et constate son absurdité. Les soucis viennent de très loin, de milliers d’années d’éducation par la peur que l’on a ancré très fortement au milieu des neurones de chacun de nous, il devient alors inconcevable pour la plupart d’entre nous de renier ou même d’en discuter.

Tu n’as jamais reçu de gifles, ou d’insultes ou d’humiliations ni même de hurlements de la part de tes parents? Petit veinard…

Tu pourrais me dire « moi aussi j’ai mes limites. Comment ne pas crier sur mon enfant? ». Je suis tellement d’accord si tu savais… Je te répondrais plusieurs choses:
– Si tu cries sans jamais frapper ton enfant, l’humilier ou le rabaisser, c’est déjà pas mal.
– C’est dur de se contenir, mais au niveau cérébral ce sera toujours plus facile pour nous qui sommes matures.
– Crier n’est pas mauvais en soi. Tu as le droit de hurler, mais évites de le faire en regardant ton enfant. Fais le en t’isolant, puis explique lui tout simplement que tu as eu besoin de crier mais que maintenant ta colère est partie. Bon là je m’égare, je pense que j’aimerais faire d’autres articles pour expliquer comment je pratique le plus possible l’éducation non violente. A suivre…

Le parent c’est quoi pour son enfant? Si tu réponds: son maître, son supérieur, son chef, son bourreau, son gourou, alors on est, toi et moi, dans deux mondes différents. Si tu réponds: son guide, son protecteur, son pilier, son soutien, alors toi et moi on est pas bien loin dans nos têtes.

Le rôle du parent  selon moi: guider l’enfant et lui donner les outils pour apprendre à grandir en s’aimant, en s’estimant, en aimant et respectant la vie et les autres. Il est les petites roues du vélo: c’est l’enfant qui roule sur son chemin, le parent n’étant que son soutient. Un enfant c’est comme un mur, pour être d’aplomb et solide, aucune brique ne doit manquer. Le parent doit apporter toutes les briques, l’enfant doit monter son mur avec. Et selon moi, les cris, les insultes, les gifles, les humiliations répétées, l’isolement, l’ignorance, sont autant de briques cassées qui ne feront pas parties du mur.

Mon principe de vie: « ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse ». Alors si tu aimes qu’on te gifle, qu’on t’insulte ou qu’on t’humilie, et bien… et bien tu devrais sans doute consulter.

Voilà pour cet article un peu long, je t’avoue qu’il me tenait à coeur. Je sais que beaucoup ne seront pas d’accord avec moi (Cf le 2ème paragraphe), mais ce récit n’a pour but que d’informer, donner envie de réfléchir et, surtout, faire part de ma vision.

Je conclurais sur une citation de circonstance:

Vous dites : « C’est épuisant de s’occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n’est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d’être obligé de nous élever jusqu’à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser. (Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK)

Livres que j’ai lu sur l’éducation non violente:
« Pour une enfance heureuse » de Catherine Gueguen.
« Au coeur des émotions de l’enfant » d’Isabelle Filliozat.
« J’ai tout essayé ! » d’Isabelle Filliozat.
« Il n’y a pas de parents parfaits » d’Isabelle Filliozat.
« Tout se joue avant 6 ans » de Fitzhugh Dodson

Site sur la VEO:
http://www.oveo.org/

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